Bienvenue chez nous ! Hollande lance un appel aux financiers britanniques

Bienvenue chez nous ! Hollande lance un appel aux financiers britanniques

David Cameron et François Hollande au Sommet européen

David Cameron et François Hollande au Sommet européen

(BRUXELLES2) François Hollande a adressé hier à l’issue du sommet européen, consacrant d’une certaine façon le fonctionnement d’une Europe à 27, sans le Royaume-Uni, à la fois un avertissement et une invitation à la finance établie au Royaume-Uni.

Mon amie est la finance

L’ironie à fleur de peau, le président français en a appelé aux mânes du Bourget. « La finance peut se faire du mal à elle-même. Ce n’est pas la France, ni le discours du Bourget, qui a provoqué le Brexit, je dois modestement en convenir. Ce sont les Britanniques qui se sont posé la question de savoir s’ils voulaient rester, ou non, dans l’UE ». Et de lancer un avertissement : l’Euro pour la City c’est fini !

Les avantages exorbitants pour la City : c’est fini

« La City pouvait faire des compensation en euros, qui était la monnaie d’échange, de transaction ou de compensation. Cela n’allait pas de soi. C’était une situation déjà assez exorbitante. N’étant pas dans l’Euro, le Royaume-Uni pouvait utiliser l’Euro. Il a fallu toute une procédure pour que le Royaume-Uni puisse garder cette situation exorbitante  (…) Dès lors que le RU ne sera plus dans le marché unique, il n’y a aucune raison pour l’Europe et encore moins de la zone euro de permettre à un pays qui n’est plus membre de l’UE et qui n’a jamais été membre de la zone euro de continuer à faire opération en euro. Alors après ou irait ces transactions. Il y’a des places financières en Europe. »

Le beurre et l’argent du beurre…

« Il n’est pas possible de garder ces avantages acquis. Pour des libéraux, cela n’a pas l’air facile à admettre » a ajouté François Hollande sur un ton de plus en plus sarcastique : « Tout ce qui est à nous est à nous, tout ce qui est à vous est négociable ? Ben non, ça ne marche pas comme ça ».

Bienvenue chez nous !

Où iraient les transactions ? s’interroge le Président sans même qu’on lui pose la question : « J’imagine que ces transactions se feraient sur les places financières européennes. Nous n’en sommes pas encore là. Nous sommes au début du processus (…) (Mais) ce qui compte c’est que l’économie puisse se financer, fonctionner. » Et de lancer cet appel : « Je souhaite c’est que les places européennes se préparent, comme elles devaient le faire, à ce que des opérations qui ne puissent plus se faire à terme au Royaume-Uni ».   

Commentaire : un appel à la fuite ?

Un propos qui pourrait être tempéré lors de la négociation. Le président français veut frapper, là où il sait la finance, fragile : l’incertitude. En agitant un éventuel changement des règles financières, il agite un mouchoir en direction des Britanniques : attention ne traînez pas trop. Sinon les marchés dicteront leur rythme… Au passage, ils vantent le bien-fondé de la place financière mais aussi de la place luxembourgeoise ou allemande, pour profiter de la situation et gagner quelques parts de marché. « Pas de sentiment de revanche » précise-t-il. Heureusement… car on sent comme un petit instant de dégustation.

(Nicolas Gros-Verheyde)