Anakonda 16. Les « Grosses » manoeuvres sont de retour. Dissuasion ou gesticulation ?

(crédit : MOD Pologne)
Depuis mardi, Toruń et ses environs sont devenus le théâtre d’une des « plus grandes opérations aéroportées » de l’OTAN sur le territoire polonais. (crédit : MOD Pologne)

(B2) Le bon vieux temps des grosses manoeuvres militaires. De part et d’autre d’un rideau de fer invisible, on s’acharne à montrer ses muscles, avec force tanks sur les routes, parachutes et avions dans les airs, et navires sur les mers. L’exercice Anakonda 16 / Swift Response-16 qui se déroule depuis mardi (7 juin) en Pologne et durera toute la semaine en est la preuve (1).

A l’Alliance atlantique, et en Pologne encore moins, on ne se cache à peine que cet exercice est dirigé contre un adversaire : la Russie. Le scénario ne laisse d’ailleurs aucun suspense sur l’origine de l’agression. Une « Union des Rouges » a ciblé les pays baltes et nord de la Pologne. « L’union des Bleus » doit réagir (2). Avec 30.000 soldats mobilisés, environ 3000 véhicules, 12 navires et une centaine d’avions et hélicoptères, Anakonda 16 est présenté comme le plus important exercice des forces alliées depuis la chute du mur de Berlin en 1989.

24 pays y participent. Le gros des effectifs est cependant fourni par les Polonais (plus de 12.000 militaires) — car cet exercice est avant tout un exercice national — et les Américains (14.000 têtes). Les autres pays ont fourni des troupes mais en nombre plus modeste, de la taille d’un bataillon environ : 800 Britanniques, etc. L’important, c’est comme aux JO, il faut participer.

Une vertu l’interopérabilité, un message : à Moscou

Cet exercice – comme tous les exercices militaires – a une vertu : tester l’interopérabilité des différentes forces nationales et alliées, dans une opération d’envergure. Mais le message est essentiellement politique : il s’agit de dire à Moscou « attention! : les Alliés s’entraînent et sont prêts à défendre leurs alliés ». Ce qu’au siège de l’Alliance, à Bruxelles, on appelle des « mesures de réassurance ».

Guerre froide ou méfiance armée ?

Si le parallèle avec la guerre froide vient immédiatement à l’esprit, on ne peut cependant utiliser la même terminologie. Car d’une part les frontières sont tout de même plus ouvertes qu’à l’époque. D’autre part, tous les ponts ne sont pas coupés avec Moscou. La coopération est même de règle sur plusieurs terrains : sur le nucléaire l’Iran, voire même en Syrie…

Mais il y a, sans conteste, une « méfiance armée ». Car le Kremlin l’a prouvé en 2014 en Ukraine, et auparavant en 2008 en Géorgie, il ne rechigne pas à envoyer ses chars et ses hommes commandos faire le coup de main et intervenir militairement dans les pays qui lui sont proches pour les dissuader de filer trop à l’ouest.

Dissuasion ou gesticulation ?

On peut cependant se poser la question de savoir quelle est la valeur réelle de dissuasion de cet exercice qui ressemble tout autant à un exercice à destination de la population nationale qu’à l’égard de la Russie voisine. Si l’armée polonaise arrive à montrer ses muscles, se veut très forte sur son sol, la réalité semble légèrement différente. Après des années d’engagement en Irak et en Afghanistan, les Polonais sont aujourd’hui fort peu présents dans les opérations extérieures : que ce soit en coalition en Irak-Syrie, dans les missions de formation de l’UE au Mali, en Somalie ou en Afrique. Cette absence, elle-même, n’est-elle pas la marque d’une certaine faiblesse ?

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Cet exercice n’est pas le seul au mois de juin. Dans la foulée démarre en Estonie l’exercice « Saber strike » avec 10.000 militaires pour tester les capacités opérationnelles sur le terrain.

(2) Cette dénomination Rouge/Bleu/Vert ne date pas d’hier. Tous les exercices otaniens sont fondés sur une même dénomination de couleur : le rouge désignant l’ennemi, le bleu l’ami, le vert le neutre. Lire notre glossaire