La Minusma sévèrement attaquée à Gao et Sévaré. Une stratégie à revoir ?

ClaironAdieuxBangali@MINUSMA160517(BRUXELLES2) Plusieurs attaques ont eu lieu coup sur coup au Mali, contre la MINUSMA. La force des Nations-Unies au Mali se révèle ainsi de plus en plus une cible de choix pour les rebelles.

Mardi (31 mai), au soir, deux attaques ont visé coup sur coup les « internationaux » à Gao. Vers 20h45, le camp de la MINUSMA, situé au quartier Chateau d’eau, est la cible d’une attaque l’arme lourde, par mortiers ou roquettes. Bilan : un casque bleu (chinois) a été tué, trois casques bleus grièvement blessés et plus d’une dizaine des membres du personnel de la MINUSMA, dont des civils, légèrement blessés. Des conteneurs de logement du personnel ont été détruits, indiquent les Nations Unies.

Une deuxième attaque suit, à l’arme légère cette fois. Elle vise le service de lutte anti-mines (UNMAS), un partenaire de l’ONU, situé dans un autre quartier de Gao. Deux agents de sécurité maliens et un Français ont été tués. Des attaques bien préparées et coordonnées semble-t-il témoigne le correspondant de RFI au Mali « Pendant (la première) attaque, une bonne partie de la ville était subitement plongée dans le noir, privée d’électricité. Les assaillants ont infiltré une partie de la ville par petits groupes. Ils avaient probablement pu faire un repérage. (…) Les cibles visées prouvent que les assaillants connaissaient le terrain. »

La MINUSMA déploie ses hélicoptères d’attaques, pour effectuer des surveillances aériennes, et sa force de réaction rapide dans Gao.

Autre attaque contre un convoi dans la région de Sévaré

Dimanche (29 mai), le matin vers 11h00, déjà, c’était un convoi de la Force de la MINUSMA qui avait été pris dans une embuscade à 30km à l’ouest de Sevaré, sur l’axe Tenenkou-Sevaré. Un axe qui « devient à risque » selon les militaires sur place. Selon les premières informations, cinq casques bleus sont au tapis, un autre grièvement blessé et évacué.

Commentaire : le nord du Mali loin d’être pacifié, au contraire

Un prix très lourd payé par les « internationaux » comme les Maliens

On ne le dira jamais assez. La Force des Nations Unies paie un prix très lourd pour la stabilisation au Mali, dans un silence quasi total. Mais ils ne sont pas les seuls. Les Maliens, eux-même très engagés, ont subi des pertes encore plus importantes, qui se compte en plusieurs dizaines de morts, selon nos sources. Ceci n’interdit pas de s’interroger sur la stratégie poursuivie par la force internationale.

La stratégie de confinement dans les bases : une erreur !

L’ONU dispose tout de même de près de 12.000 hommes sur place (2). Le territoire est certes vaste. Mais c’est une force déjà suffisant… peut-être mal répartie. Selon un observateur sur place, consulté par B2, la force des Nations Unies paie sa stratégie d’enterrement dans des bases et de convois. Les soldats restent « le plus souvent dans des bases », qu’ils estiment super protégées, mais qui se révèlent, au final, autant de pièges. Comparées au nombre de militaires engagés, les patrouilles de stabilisation hors des murs restent « limitées ».

Des rebelles bien présents, en train de se renforcer ?

Résultat ! Les rebelles (ou terroristes *) sont toujours « bien présents » et « tiennent le terrain ». On pourrait même dire qu’ils sont désormais présents dans des zones dont ils avaient été chassé auparavant. Ils réapparaissent dès que les convois ont disparu. Ils disposent de nombreux informateurs et relais « dans les villes » mais aussi « au sein même de certaines forces », les Maliens notamment. Les attaques visant délibérément certains gradés ne peuvent, en effet, qu’avoir bénéficié « de renseignements de l’intérieur ».

Une stratégie IED de plus en plus affinée

Les combattants ont affiné au fur et à mesure leur stratégie, que ce soit en matière d’engins explosifs ou d’attaques des Maliens et des internationaux.  « Au départ – me raconte ce spécialiste du terrain – ils recouraient à des moyens « simples » : un convoi était repéré. Un IED était posé, déclenché par le passage, avec le risque de faire des victimes collatérales. « Ce qu’ils cherchent à éviter malgré tout ». (…) Les « Onusiens » ont réagi en faisant précéder chaque convoi d’un hélicoptère pour détecter la pose de ces engins. Les rebelles « se sont adaptés alors, affinant leur technique »… Avec des IED télécommandés par téléphone. Une montée en puissance, qui s’est affinée au fil du temps, un peu comme en Afghanistan avec les talibans.

Des actions élaborées, combinant attaques et IED

Les rebelles utilisent aussi des « actions combinées » attaque puis explosion (ou le contraire) —. « Les voitures béliers, chargées d’explosifs sont désormais utilisées. L’action est kamikaze, le conducteur, protégé par des tôles blindées, contre les éventuels tirs, meurt dans l’explosion ». Ou alors, ils recourent à des attaques simultanées, coordonnées, comme à Gao mardi.

On est loin ainsi d’attaques rudimentaires. Et la stratégie d’enterrement de la MINUSMA — avec bases et convois — parait condamnée. Au moment où le secrétaire général de l’ONU demande aux Etats membres de fournir 2500 soldats et policiers de plus, il faut aussi s’interroger sur d’autres modalités de stabilisation. Si la Minusma ne repasse pas à l’offensive, elle paraît devoir subir les pressions extérieures…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) A côté, les pertes subies par les forces Barkhane (7 morts depuis 2014), pourtant très engagées, restent limitées. Lire : Trois soldats français tués par l’explosion d’une mine au nord Mali

(2) Très exactement 9142 militaires (sur 11200 autorisés), 1178 policiers et 1180 civils

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