Tripoli. Opération retour pour le gouvernement de Fayez al-Sarraj

Tripoli. Opération retour pour le gouvernement de Fayez al-Sarraj

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(crédit : Martin Kobler / twitter)

(crédit : Martin Kobler / twitter)

(BRUXELLES2) A Tripoli, l’espoir semble revenu. Martin Kobler, l’émissaire de l’ONU, est arrivé symboliquement, hier (mardi 5 avril), à bord d’un petit avion des Nations-Unies. Il a pu ainsi tenir une réunion avec les Libyens et se rendre compte des progrès réalisés en une semaine.

Retour de Fayez al-Sarraj à Tripoli

Quelques jours auparavant, mercredi (30 mars), c’était au Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, chef du gouvernement reconnu par la communauté internationale de faire le déplacement vers la capitale. Lui avait fait le déplacement par mer. Les autorités de Tripoli avaient, en effet, fermé l’aéroport quelques heures plus tôt.

Un risque calculé

Une courte visite qui n’a pas duré très longtemps mais avait un objectif tout autant politique que de pouvoir. Une aventure risquée mais aux risques savamment calculés par le nouveau dirigeant libyen et ses soutiens internationaux. Avec un seul objectif : donner toute sa légitimité au nouveau Gouvernement d’union nationale et marquer qu’il a désormais le contrôle du pouvoir à Tripoli.

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Fayez Saraj à bord du navire libyen (crédit : F. Saraj)

Un navire libyen usé jusqu’à la corde…

La vedette battant pavillon libyen « Al-Sadada » était cependant assez symbolique de l’état libyen aujourd’hui. Un navire « si petit, et apparemment si usé, qu’à son arrivée sur la côte tunisienne, le moteur s’est cassé » selon nos collègues du Corriere della Sera. Après quelques heures de réparation, le navire avait pu repartir, de Sfax (ville portuaire tunisienne), dans l’autre sens. Avec à son bord les 12 personnes qui s’efforcent de constituer le Gouvernement d’union nationale : les 7 membres du Conseil et leurs 5 assistants. Voir la vidéo de l’arrivée. Direction Tripoli.

… escorté par les Français et Britanniques 

Durant tout le voyage, la vedette « Al-Sadada » a été « escortée ». « En mer, se trouvaient plusieurs navires pour la protéger », selon ce qu’en dit al-Sarraj lui-même sur le compte Facebook du Conseil présidentiel. Des navires français, italiens et britannique qui ont suivi le navire libyen depuis la Haute mer. En l’air, plusieurs avions de patrouille maritime surveillaient l’expédition. Et il n’est pas exclu non plus que d’autres moyens plus discrets (type sous-marin) aient été employés.

… et organisée par les Italiens

Cette traversée de neuf heures a été orchestrée par le général italien Paolo Serra, conseiller militaire de Martin Kobler. Après des semaines d’efforts diplomatiques, l’officier italien a réussi à rallier la marine libyenne autour du retour de Sarraj. L’équipage libyen de la vedette « Al-Sadada » a été en contact radio constant avec les différents navires européens, durant tout le trajet. L’allégeance de la marine libyenne est essentielle pour Tripoli. La base navale d’Abu Sittah sert de « quartier-général » au Conseil présidentiel, qui y a donné ses premiers conférences de presse et y réside.

Une aventure utopique ?

Le pari de Sarraj, Kobler, de l’ONU et de l’Italie … tous ceux qui ont soutenu la voie diplomatique plutôt que la voie de la pression est-il en passe de réussir. On peut le croire. Selon l’AFP, pour sa première sortie de la base navale depuis son arrivée, M. Sarraj a pris un bain de foule sur la place des Martyrs, au coeur de la ville. « Bienvenue chez toi », lui ont souhaité des Tripolitains en lui serrant la main ou en le prenant dans leurs bras. Et les différents acteurs libyens commencent à se rallier, un par un, au nouveau pouvoir.

(Leonor Hubaut)

Lire aussi notre dossier N°34. L’Europe face à la crise en Libye