Où sont engagés les Européens sur les « fronts » extérieurs ?

réunion quotidienne dans le QG flottant du Cavour de l'opération EUNAVFOR MED en Méditerranée
réunion quotidienne dans le QG flottant du Cavour de l’opération EUNAVFOR MED en Méditerranée

(B2 – exclusif) Suite au déclenchement de l’article 42.7 par la France, B2 a voulu faire le point sur les opérations extérieurs des Etats membres de l’Union européenne. Une enquête qui inclut la participation aux missions et opérations européennes, civiles ou militaires, comme aux opérations de l’OTAN, de l’ONU ou celles menées en « national ».

En voici les enseignements principaux

Contrairement à ce qui est souvent dit, nombre de pays européens sont assez engagés sur des terrains de crise dans des missions et opérations de stabilisation. Mais il faut aussi souligner que, bien souvent, ils préfèrent des terrains assez apaisés. C’est ce que montre notre enquête.

L’opération de l’OTAN au Kosovo (KFOR) mobilise ainsi encore plusieurs milliers d’hommes au total, de plusieurs Etats membres alors que de l’avis de tous, la situation ne nécessite pas un tel déploiement de forces militaires. L’engagement y est d’ailleurs assez « placide » aujourd’hui, pour ne pas dire « pépère ». C’est d’ailleurs l’intérêt pour plusieurs pays : ce n’est pas très loin, pas très cher. Et il y a un bon terrain d’exercice.

Plutôt l’OTAN ou l’UE que l’ONU

De façon générale, on peut remarquer que les Européens préfèrent s’engager dans des opérations multinationales de « leurs » organisations (Union européenne et OTAN) plutôt qu’au sein de l’ONU. L’envoi de Casques bleus n’a plus trop la cote, sauf dans la FINUL au Liban (une opération d’initiative européenne à l’origine) ou pour quelques pays (Irlande, Italie, Suède).

Certains pays adoptent une stratégie d’être présents un peu dans toutes les opérations : un peu d’OTAN, un peu d’UE, un peu d’ONU. D’autres adoptent une stratégie de concentration sur quelques opérations, pour avoir un effet de poids, ou sur un ou deux théâtres d’opération, apportant aussi un soutien « en national » à des opérations multilatérales. Les traditions historiques, les parti-pris politiques, le positionnement stratégique pèse souvent dans ces participations. Mais il faut se méfier aussi de certains préjugés… Certains pays surprennent par des engagements notables dans des missions où on ne les attendrait pas. Plusieurs pays mènent aussi des missions/opérations en national (Belgique, Espagne, France, Pays-Bas).

Bien souvent les pays maintiennent un effectif d’un ou deux nationaux dans un certain nombre de missions. L’utilité de cet engagement est limité. Il permet surtout à l’Etat concerné de planter un drapeau sur une carte et d’être informé de la situation sur le terrain (le militaire devient alors tout autant un officier de liaison chargé de faire remonter de l’information à sa capitale qu’une expertise au service du chef de mission).

Les pays d’Europe centrale et orientale peinent à s’engager hors de leur zone d’action proche (Balkans et Caucase) et de l’Afghanistan. Exception faite de la Lituanie ou de l’Estonie ainsi que de la république Tchèque. Est-ce la menace (ressentie ou réelle) de la Russie par rapport aux pays de l’ex-URSS ? Est-ce le contrecoup de l’engagement, ressenti parfois comme un échec, en Irak en 2003 ? Ou un repli sur soi plus notable ? Les raisons sont sans doute multiples.

Les pays qui ont été frappés de plein fouet par la crise économique (Bulgarie, Grèce, Portugal…) ont, en revanche, nettement diminué leur engagement extérieur. L’Espagne semble échapper à cette règle. Mais l’engagement extérieur reste moindre que dans le passé. L’Irlande également, mais on note dans les chiffres fournis par Dublin, le « trou d’air » de 2011, qui était justement en plein coeur de la crise financière dans l’île. On voit là une assez étroite corrélation entre la situation économique et budgétaire et l’engagement extérieur.

Plusieurs pays ont également engagé l’armée dans des opérations intérieures, de façon importante, soit pour sécuriser leur territoire national sur un temps relativement imprécis (Belgique, France, Hongrie, Italie), soit pour mener dans un court terme une assistance face à l’arrivée massive de réfugiés (Allemagne, Autriche, Slovénie).

Enfin, on peut remarquer, en particulier, le relatif faible engagement de certains pays en particulier (Pologne, Suède, Roumanie), au regard de leur poids démographique voire de leur bonne santé économique, pour les deux premiers.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Tous les détails sur B2 pro : Opérations extérieures. Où sont engagés les soldats européens ? Détails pays par pays. Notre enquête

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