Sentinelle, une opération utile face au terrorisme ‘pur’ ?

Sentinelle, une opération utile face au terrorisme ‘pur’ ?

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OperSentinelleMartinique@Def150124

déploiement de militaires aux Antilles en janvier (crédit : EMA / DICOD)

(B2) L’ampleur des attentats simultanés qui ont eu lieu ce vendredi (13 novembre), au Bataclan, au Stade de France… doit interpeller sur le dispositif de sécurité. Il signe un certain échec du plan Vigipirate et de l’opération Sentinelle.

Un terrorisme au sens pur

Le stade de France à Saint-Denis, le 10e et le 11e arrondissement sont des quartiers éminemment populaires. Le déploiement en nombre de personnel militaire protégeant certains bâtiments sensibles, de façon permanente, est plutôt avec le terrorisme. Du moins le terrorisme, au sens « pur » du terme, celui qui est destiné à semer la terreur parmi la population et vise toute une série d’objectifs « non stratégique » mais la population.

Un dispositif couteux

L’opération Sentinelle est un dispositif couteux — en hommes — et impossible à tenir à la fois dans la durée et dans l’étendue.  7.000 militaires sont mobilisés en permanence (10.000 au plus haut de la crise après les attentats de janvier à Charlie hebdo, Montrouge et à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes). Il est aussi, en grande partie, inutile face à ce type de terrorisme. Peut-on protéger toutes les salles de spectacle, les stades, les restaurants, tous les lieux publics ? Dans ce cas, le terrorisme s’en prendra aux épiceries, aux supermarchés, au bus et au métro. Protégera-t-on le centre de Paris ? Les terroristes viseront des cibles en banlieue ou en province. L’usage de militaires de façon permanente pose aussi des problèmes d’ordre juridique mais aussi opérationnels.

Un dispositif qui a ses limites

Toutes les questions doivent maintenant être posées, sans tabou. Les effectifs militaires ne sont pas extensibles à l’infini. En comptant les opérations extérieures, le maintien de la présence dans les bases permanentes extérieures et outre-mer + l’opération intérieure, il y a déjà plus de 20.000 hommes mobilisés en permanence. Est-ce judicieux d’employer des militaires en métropole en nombre à des missions de police ? Ne seront-ils pas plus efficaces aux missions pour lesquelles ils ont été formées, à l’extérieur du territoire ? N’est-il pas plus utile d’employer des policiers et de gendarmes dont c’est la fonction et qui ont la capacité d’intervenir ? Ce qui pose la question de l’augmentation des effectifs, donc du budget supplémentaire (donc une augmentation du déficit).

Un dispositif qui crée une illusion de sécurité

Ce dispositif est trompeur. Il crée également une fausse sécurité dans tous les autres lieux. Il ne s’agit pas de créer la panique, mais de sensibiliser la population, d’avoir une certaine méfiance par rapport à des actes suspects et de prendre les bonnes dispositions en cas d’attaque. Dans une population, qui pour sa grande majorité, n’a jamais connu la guerre, voire les précédentes vagues d’attentats (type OAS ou FLN durant la guerre d’Algérie), il importe aussi de développer un esprit de résilience. Même les vagues les plus récentes — celles du GIA ou iraniennes de 1986 ou 1995 — qui visaient (elles aussi) des cibles populaires — peuvent paraitre lointaines.

Développer une résilience

Avoir les bons réflexes en cas d’attaque, apprendre à maitriser son sang-froid ne sont pas innés. Il y a des règles, des conseils à donner à la population. Eviter de montrer du doigt contre certaines religions ou nationales, de développer du racisme ou de la haine raciale est aussi impératif. Ce serait pire que tout et nourrirait les attentats de demain.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire : Armée déployée en France. Une « opération intérieure » de protection