A La Valette, Macki Sall dit ses quatre vérités aux Européens

A La Valette, Macki Sall dit ses quatre vérités aux Européens

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(crédit : Conseil de l'UE)

Le président sénégalais, Macki Sall répond à la question de la presse (crédit : Conseil de l’UE)

(B2) Au sortir du sommet tenu à La Valette entre Africains et Européens, Macki Sall, le Président sénégalais qui coprésidait la réunion n’a pas mâché ses mots, face à la presse, mettant en cause un système économique injuste mais aussi la dramaturgie européenne en matière de migrations.

La clé d’une Afrique autonome

« Sans l’évasion fiscale et le transfert frauduleux de ressources, qui est évalué à 60 milliards par an » l’Afrique s’en sortirait seule estime-t-il. « Le seul rapatriement de 17% de cette somme permettrait à l’Afrique de se passer de l’aide au développement et de rembourser la dette. »

L’injuste rémunération des ressources naturelles

« Tant que l’Afrique ne verra pas la juste rémunération de ses ressources naturelles, elle sera plus ou moins dépendante. Il est temps que soit restaurée une juste rémunération des ressources naturelles mais aussi (d’assurer) une transformation de ces produits sur le continent. (Ce) qui donnera davantage de valeur ajoutée que l’exportation de matières premières et donnera de l’emploi » a abjuré celui qui préside également aux destinées de la CEDEAO (la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest).

L’évasion fiscale et la mal gouvernance

« Il faut aussi lutter contre l’évasion fiscale. Il est de notoriété publique que les multinationales qui œuvrent en Afrique trouvent toujours un moyen d’échapper à la fiscalité. Il y a ainsi beaucoup de ressources perdues. » Enfin, a-t-il ajouté, tournant là le regard vers ses homologues africains, il y a une autre cause à la pauvreté en Afrique : « la mal gouvernance et la corruption ».

Dédramatiser la question des migrants, organiser la mobilité

Le dirigeant africain estime qu’il faut dédramatiser la crise des migrations et des réfugiés. « Partout où il y a la guerre, les gens fuient. Et là où il y a des différences de développement, les gens vont migrer. » Et de prendre « l’exemple parfait » : les Etats-Unis. « Il y a un siècle ou deux siècles, c’est l’Europe qui immigrait en masse vers les Etats-Unis. Car c’était un nouvel eldorado. C’est un phénomène naturel qu’il faut dédramatiser. Seulement il faut organiser la mobilité, et combattre les trafics qui utilisent et exploitent la pauvreté et la détresse des populations africaines. »

Commentaire : c’est sans doute un des propos les plus intéressants entendus à ce sommet de Malte. Prenant un peu de hauteur, le Président sénégalais, a pointé, avec des propos clairs, compréhensibles, directs, l’enjeu des discussions entre l’Europe et l’Afrique. A côté, les dirigeants européens paraissaient étriqués, engoncés dans un repli sur soi, n’ayant à l’aune de leurs lunettes de vision que leur ‘petit’ problème du moment : Comment faire face au flux des réfugiés ? Comment se débarrasser des migrants ? Comment renforcer l’efficacité du contrôle des frontières extérieures ? Il va être difficile demain aux Européens de venir donner des conseils aux Africains pour la gestion des frontières ou l’accueil des réfugiés. A se demander si une mission « de conseil » et « d’assistance », type PSDC à l’envers, des Africains en Europe, ne serait pas inutile…

(Nicolas Gros-Verheyde, à La Valette)