Irak 2003 : le mea culpa de Tony Blair

TonyBlair ExcusesIrak CNN151025(B2) La guerre en Irak en 2003 n’était pas vraiment fondée sur de bons renseignements et n’a pas amené le changement de régime espéré. Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique (travailliste) l’a reconnu dans une interview sur CNN diffusé dimanche (25 octobre).

Des faux renseignements

« Je présente mes excuses pour le fait que les renseignements que nous avons reçus étaient faux parce que, même s’il (Saddam) a largement utilisé des armes chimiques contre son propre peuple, contre les autres, le programme (des armes de destruction massive) n’existait pas dans la manière que nous avons pensé ». NB : Une évidence tout de même près de 12 ans après le déclenchement de l’offensive americano-britannique.

Une planification erronée

Tony Blair présente également des excuses — ce qui est plus nouveau — pour « les erreurs dans la planification et, certainement, notre erreur dans notre compréhension de ce qui se passerait une fois que vous avez supprimé le régime ». NB : Un aveu qui fait référence à la préparation intensive de cette offensive, menée depuis le début 2002, et confirmée officiellement par le mémo de Colin Powell et ne survient pas tout à fait par hasard puisqu’une enquête est toujours en cours sur les responsabilités dans le déclenchement de cette guerre. La « commission Chilcot » mise en place en 2009 n’a toujours pas rendu son rapport (1).

La guerre de 2003 une des causes de la naissance de ISIS / Daech

L’ancien Premier ministre britannique reconnait également du bout des lèvres que cette intervention en guerre en Irak a joué dans la montée de l’organisation de l’Etat islamique (Daech). « Je pense qu’il y a des éléments de vérité dans cela » répondant à la question du journaliste, ajoutant cependant pour se dédouaner. « Bien sûr, vous ne pouvez pas dire que ceux d’entre nous qui ont éliminé Saddam en 2003 portent une responsabilité pour la situation en 2015. (…) Mais il est important aussi de réaliser, premièrement, que le printemps arabe qui a commencé en 2011 pourrait aussi avoir eu un impact sur l’Irak d’aujourd’hui, et deuxièmement, qu’ISIS a acquis son importance à partir d’une base en Syrie et non en Irak ».

Irak 2003, Libye 2011, Syrie 2012, trois politiques, trois échecs ?

Tony Blair avoue aussi que les techniques d’intervention occidentale au Moyen-Orient et en Afrique du nord se heurtent toutes à un échec. « Nous avons essayé l’intervention avec des troupes à terre en Irak. Nous avons essayé intervention sans mettre de troupes à terre en Libye. Et nous avons essayé de ne pas du tout intervenir mais en exigeant un changement de régime en Syrie. Ce n’est pas clair pour moi que, même si notre politique n’a pas fonctionné (en Irak en 2003), les politiques suivantes ont mieux fonctionné ».

(NGV)

(1) Dirigé par Sir John Chilcot, cette commission (Iraq Enquiry) aurait dû publier son rapport normalement en 2010 ou 2011… Mais pour différentes raisons, il a été reporté à plusieurs reprises, un « scandale national » n’hésite-t-on pas à dire outre-manche (lire l’attorney Morris dans le Mirror en 2014)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).