Série d’été – les mails d’Hillary. Libye 2011, un nouveau terrain de jeu pour les terroristes d’AQMI

@delegationUELibye
crédit : SEAE / Délégatino en Libye

(BRUXELLES2) Le printemps arabe libyen qui débute en février 2011 est une opportunité sans précédent pour les organisations terroristes actives dans le voisinage comme Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) qui peuvent ainsi trouver un nouveau « terrain de jeu ». Le risque de l’infiltration des groupes rebelles par les terroristes d’AQMI, le renforcement de l’armement est connu dès le tout début du conflit civil libyen… Ce que révèlent, ou plutôt confirment, ces échanges de mails entre Hillary Clinton et un de ses informateurs (Sid alias Sidney Blumenthal, ancien conseiller de Bill Clinton quand il était à la Maison Blanche et qui continue de travailler à titre officieux pour Hillary, comme le confirme The Guardian).

AQMI s’infiltre dans les rangs des opposants

À peine un mois après le début du conflit, mars 2011, le Président français Nicolas Sarkozy reçoit de nombreux rapports faisant état du fait que des groupes terroristes « à l’instar du « groupe de combattants libyens » et d’ « Al Qaida au Maghreb Islamique » sont en train d’infiltrer le commandement militaire du Conseil National de Transition ».  C’est dans ce contexte, il est donc indispensable que « la diplomatie et les services de renseignements français basés en Egypte, aient des contact réguliers avec des figures de la rébellion» comme c’est le cas avec l’ancien chef du protocole de Kadhafi, considéré comme l’un des cerveaux de la rébellion, Nousri Mesmari ou encore « le Général Abdelfateh Younis, leader des forces armées rebelles ». Ces infiltrations représentent un risque majeur. Une menace qui semble prendre de l’ampleur à mesure que le conflit dure.

Le risque AQMI lorsque Kadhafi tombera

Les sources européennes sur place, observent une multiplication des points d’ancrage de terroristes possibles. Et elles mettent en garde sur les conséquences possibles pour une Libye débarrassée de son dirigeant. Lorsque « le régime de Kadhafi tombera, la France et les autres pays européens auront intérêt à agir rapidement pour s’assurer que le nouveau gouvernement n’autorise ni AQMI ni d’autres petites entités locales et semi autonomes à s’installer dans le sud-est du pays, régions de production pétrolière et gazière ». 

La tactique du « profil bas » de l’organisation

En effet, selon un haut fonctionnaire européen, « AQMI observe les développements en cours dans le pays » avec une grande vigilance. Et ce, dès le début de la crise libyenne, en mars 2011. Au début du conflit, les groupes terroristes semblent, certes, patienter, tapis dans l’ombre. Le 8 avril 2011, des sources en lien direct avec le Conseil National de Transition (CNT) indiquent que « l’activité islamiste en Libye a fait profil bas ». Mais AQMI semble tisser patiemment son réseaux. Des sources européennes mettent en garde le bureau d’Hilary Clinton. Selon toutes vraisemblances « l’organisation a établit des contacts avec différents groupes tribaux dans le Sud Est du pays ». La stratégie est simple. Il faut que la rébellion se poursuive pour affaiblir Kadhafi et ainsi s’infiltrer sur le territoire de la Libye. Il faut donc éviter de « donner du crédit aux arguments du Colonel Kadhafi, qui revendique que les rebelles sont des terroristes » et agir dans l’ombre. Mais à mesure que « le CNT prend forme, AQMI élève la voix et influence les événements directement depuis les rangs du CNT ». 

AQMI a une stratégie d’influence « prête à l’emploi » dans les tiroirs

Reçu le vendredi 8 avril 2011 à 17h27, le mail d’Hilary Clinton révèle qu’AQMI échafaude sa stratégie de pénétration en Libye. « Ali Salabi, Salem Al Shiki et Mohamed Al Guirtili, figures islamiques dirigeantes, basées à Londres et proches des frères musulmans auraient conçu un «pacte national», une sorte de feuille de route, organisant le mouvement islamique pour le moment de la transition libyenne post-Kadhadi ». Rappelons, qu’avant la révolution, « l’ancien ministre de la Justice et actuel Président du CNT, Mustapha Abdel Jalil, appelait à la relaxe des islamistes réformés ».

@SEAEDes Sam 7 destinés aux rebelles aux mains d’Al Qaida

Le chaos libyen est aussi une source d’opportunité en termes de ravitaillement d’armement et de munitions modernes. L’organisation terroriste s’est procurée des armes « sur le marché noir dans l’Ouest du Niger et du Nord du Mali ».

Selon les services de renseignements Français (DGSE) et britanniques (MI-6) « AQMI serait (ainsi) parvenu à acquérir des systèmes anti-aériens portables de type 10 SAM 7- Grail/Streela ». Des armes « destinées à la vente pour les forces rebelles libyennes mais les forces d’AQMI auraient secrètement rencontré les revendeurs d’armes et considérablement renforcé leurs équipements ».

Les forces de la rébellion craignent également qu’AQMI obtienne « des missiles filoguidés anti-chars de type SPIGOTT et un nombre indéterminé de mines anti-chars russes, fabriqués en plastique et indétectables donc avec du matériel anti-mines ». L’arsenal que s’est procuré AQMI fait craindre le pire notamment « pour le Sud du Maroc, l’Algérie, le Nord du Mali, l’Ouest du Niger et l’Est de la Mauritanie » écrit-il.  

L’alliance objective du régime et des groupes terroristes ?

Après la mort d’Oussama Ben Laden (abattu par les forces spéciales américaines le 2 mai 2011 au Pakistan), des sources au CNT craignent un retournement de situation. Les groupes d’AQMI pourraient ainsi « utiliser des armes qu’ils ont obtenues, qui étaient initialement destinées aux rebelles en Libye, à des mesures de rétorsion contre les États-Unis et leurs alliés de cette attaque au Pakistan ». Ainsi « les autorités du CNT s’inquiètent que la mort de Ben Laden arrive à un moment où des informations indiquent que les leaders d’AQMI prévoient des attaques dans le Nord de l’Afrique et en Europe». « Les leaders du CNT sont aussi préoccupés qu’avec la mort de Saif al-Arab (…) le gouvernement de Tripoli pourrait entreprendre des représailles contre les États-Unis et leurs alliés occidentaux à travers des groupes terroristes, en particulier le Hezbollah ». Pour ces sources sur le terrain, ce contexte est explosif. « Alors que les morts de Ben Laden et Saif al Arab sont sans rapport, deux groupes distincts et dangereux vont désormais chercher une vengeance contre les États-Unis et ses alliés ». De plus, ces envies de vengeances pourraient se propager dans les rangs des rebelles libyens « où les leaders d’Al Qaida ont été très populaires » .

(Johanna Bouquet avec NGV)

Sources: Les mails d’Hilary Clinton à télécharger:

Série d’été – les mails d’Hillary