Europolitique : la fin d’une époque ?

logo Eupolitics New(B2) La nouvelle est arrivée en fin de semaine dernière. En pleine crise grecque, un des vétérans de l’actualité européenne, Europolitics (anciennement Europolitique ou Europe information Services), a mis la clé sous la porte. Les journalistes ont été avertis qu’ils pouvaient prendre leurs affaires. Le journal s’arrête. L’investisseur ne veut plus remettre la main à la poche. L’effet de « souffle » Politico est passé par là. Mais pas seulement sans doute.  Les « salaires » (*) ne sont pas payés pour juin. Un petit air de licenciement à l’américaine…

Europolitique a une histoire très particulière dans le panorama européen. Il été créé en 1972 par des journalistes de l’agence de presse agricole Agra, qui voulaient se démarquer de la seule publication existante à l’époque, l’Agence Europe, en s’affichant comme « un traitement plus professionnel, plus indépendant » aussi des institutions européennes. Il passera ensuite dans plusieurs actionnaires – essentiellement français – notamment le groupe Expansion, puis le groupe Siac (éditeur de publications agricoles, un retour au bercail en quelque sorte) et ensuite dans un autre actionnaire, de nationalité autrichienne, qui a fini par jeter l’éponge. Définitivement, apparemment…

J’ai une tendresse particulière pour Europolitique non seulement car j’y compte beaucoup d’amis. Mais aussi parce que c’est une excellente école de journalisme. Nombre de personnes (portes-paroles, journalistes…) qui se trouvent à Bruxelles sont passés un jour ou l’autre sur les chaises d’Europolitique/Europolitics. Malgré les difficultés au quotidien, c’était aussi un des seuls médias où il y avait une certaine propension laissée aux journalistes pour travailler à leur guise. La pression était énorme certes. C’était la pression de l’actualité. Mais on pouvait quasiment écrire autant que l’on voulait. Un luxe aujourd’hui où la place est comptée dans les journaux.

Enfin, c’est un journal où, même si l’essentiel se déroulait en anglais, le « coeur », le vivier, restaient francophones ou plutôt francophiles. Les nombreuses nationalités s’y croisaient – de l’ouest et de l’est, du sud ou du nord – voire s’y entrechoquaient. Et les points de vue – de droite ou de gauche – pouvaient trouver à s’y exprimer. Il n’y avait pas de pensée unique. Parfois les discussions pouvaient être intenses, non pas par un désaccord profond, mais par des divergences de vues, d’analyse, de positionnement géographique tout simplement. Les portes claquaient, même, de temps à autre… Et on y revenait. En bref, c’était une petite Europe, cette rédaction…

(NGV)

(*) Pour être exact, il ne s’agit pas de salaires. Tous les journalistes d’Europolitique sont employés comme « indépendants ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).