Une stratégie ne fait pas le printemps !

Une stratégie, c'est un comme un défilé, c'est beau, mais ca ne dure que le temps d'un défilé (crédit : MOD UK)
Une stratégie, c’est un comme un défilé, c’est beau, mais ca ne dure que le temps d’un défilé (crédit : MOD UK)

(BRUXELLES2) Les Européens ont avalisé, vendredi dernier (26 juin), la préparation d’une nouvelle stratégie de sécurité que Federica Mogherini, la Haute représentante de l’UE, devrait présenter dans un an, lors du sommet européen de juin 2016.

La réflexion stratégique

Croire cependant que la réflexion stratégique va permettre de cristalliser une nouvelle volonté européenne et l’alpha et l’oméga d’une nouvelle politique européenne par le seul poids du verbe, semble un pari illusoire. Mettre près d’un an pour rédiger cette stratégie, c’est bien, c’est beau. Les débats seront certainement intéressants, captivants. Cela va occuper pas mal de monde, des chercheurs, des diplomates, pour placer ici un paragraphe sur l’autonomie stratégique, l’autre sur l’enjeu de l’Arctique ou de la mer de Chine, le troisième sur la guerre hybride et les cyberattaques… Mais, concrètement face aux enjeux et menaces du moment, c’est un peu irréaliste. C’est un peu comme si, en face d’un incendie, le pompier se demandait s’il ne fallait pas mieux réfléchir à la conception des maisons ou la disposition des extincteurs 😉 Ce d’autant que l’utilité de la stratégie dans le déroulement des actions européennes a été, pour l’instant, assez réduit…

Une stratégie n’a jamais rien permis ni autorisé.

Depuis dix ans qu’existe la stratégie Solana, on ne s’est jamais vraiment référé à la stratégie pour lancer ou ne pas lancer une opération ou une mission menée au titre de la PSDC ou pour entériner une décision européenne en matière de sécurité. Certains succès ont été obtenus avec une vraie stratégie d’action : contre la piraterie et, plus généralement, dans la Corne de l’Afrique. Mais soyons honnêtes. Ce n’est qu’après la pratique qu’est venue la théorisation avec l’approche globale. Et non l’inverse. Par contre, des échecs retentissants sont survenus alors qu’il y avait, sur le papier du moins, une stratégie. Il suffisait de s’y référer, de l’appliquer. Mais on n’a rien fait. L’exemple le plus frappant est le Sahel et le Mali ou la Libye.

Une stratégie pour quoi faire ?

Il ne peut y avoir de réflexion stratégique que si, de façon structurelle, il y a une vision commune. Et celle-ci ne pourra pas être créée à 28, même avec la meilleure plume du monde. Négocier une stratégie à 28 implique de mettre tout dedans : la vision pacifiste ou neutraliste des uns, réaliste et engagée des autres, un peu de militaire, de développement, d’humanitaire, du bon sentiment et du réalisme, etc. Autrement dit, des mots qui rassurent, sont consensuels et vont ressembler à des documents déjà existants, simplement mis à jour. Avec le risque qu’ils soient dépassés d’ici 2 ou 3 ans, au rythme où va l’évolution des crises.

Une review régulière par les Chefs d’Etat et de gouvernement ?

Au rythme de l’évolution des menaces, la meilleure stratégie serait plutôt de voir et revoir régulièrement au plus haut niveau européen, au niveau des Chefs d’Etat et de gouvernement, l’état des lieux des menaces, de l’environnement sécuritaire, et du voisinage. Cette « revue stratégique » régulière était d’ailleurs prévue, avec sagesse, par le traité de Lisbonne. Elle n’a jamais été appliquée. Il serait temps de la remettre au goût du jour.

(Nicolas Gros-Verheyde)