La Grèce dans l’Euro. L’adieu aux idéaux de jeunesse de Jean-Claude Juncker

La salle de presse pavoisée des drapeaux grec et européen, pleine à craquer (© NGV / B2)
La salle de presse pavoisée des drapeaux grec et européen, pleine à craquer (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) Après un week-end tourmenté, la ‘venue’ de Jean-Claude Juncker était attendue, dans la salle de presse comble au Berlaymont après. Le Luxembourgeois n’a pas failli à sa réputation. Il s’est montré ce lundi (29 juin), à la hauteur de sa fonction. Avec un discours qu’on peut qualifier d’historique. Car au-delà des mots politiques, il y avait une certaine émotion, une certaine vision personnelle que le leader européen voulait mettre en avant…

Au rendez-vous de l’histoire

Une fois n’est pas coutume, le président de la Commission s’est d’ailleurs attaché autant que possible à respecter son discours écrit, écrit au cordeau. Comme si le président avait un peu peur de laisser trop parler son coeur et de lâcher sa colère ou son courroux contre le dirigeant Alexis Tsipras et son entourage notamment mais aussi sur quelques autres leaders européens, avec une trop courte vision de l’avenir. Au-delà des précisions techniques, et du message politique, c’est ainsi un message personnel que Juncker a voulu délivrer, une sorte d’adieu, ou plutôt de retour sur ses idéaux de jeunesse, des idéaux qu’il maintient toujours, contre vents et marées, refusant de céder à la facilité…

Ne pas voir Platon jouer en deuxième division

« Lorsque j’ai commencé, il y a longtemps, ma vie européenne, nous étions dix Etats membres, c’était en décembre 1982. Le dixième Etat membre venait tout juste de rejoindre la famille européenne, un an auparavant. Ce fut la Grèce et j’étais heureux à l’époque de voir la Grèce nous rejoindre pour compléter l’Union européenne, qui s’appelait encore les Communautés européennes à ce moment-là. Suivant la formule de Valéry Giscard d’Estaing, je ne voulais pas ‘voir Platon jouer en deuxième division’. »

Une Europe par trop égoïste

Alternant le français – qui a constitué l’essentiel du discours -, l’anglais et l’allemand et terminant par deux mots en Grec, le président Juncker a tenté de recoller les morceaux d’un rêve d’Europe brisé. « En une nuit, en une seule nuit, la conscience européenne a pris un sacré coup. La bonne volonté s’est quelque peu évaporée. Des égoïsmes, parfois des jeux tacticiens voire populistes ont pris le dessus. » Il vise ainsi, sans le nommer Alexis Tsipras, mais aussi certains dirigeants ou responsables européens qui n’ont sans doute pas fait preuve de flexibilité. Dans la négociation qu’il pensait de bonne foi, il estime qu’au moins une des parties n’a pas joué le jeu.

Un sentiment de trahison

« Après tous les efforts que j’ai déployés, après tous les efforts qui furent ceux de la Commission et aussi des autres institutions impliquées, je me sens un peu trahi parce qu’on prend insuffisamment en compte mes efforts personnels et les efforts des autres qui furent nombreux et durables. Il y a eu beaucoup de bruit, beaucoup de fureur et cela a couvert les voix de ceux qui ont travaillé, et continuent à travailler, jour et nuit, et je n’invente rien.

Voter oui…

Au final, contrairement à ce qu’avaient par le passé fait certains responsables européens, Jean-Claude Juncker n’a pas hésité à se projeter dans la bataille, à appeler « à voter OUI » « indépendamment de la question posée », « parce que les citoyens grecs (…) et à juste titre, fiers d’eux-mêmes et de leur pays, doivent dire oui à l’Europe ». Ce faisant il évite de tomber dans le piège technique qui pouvait survenir et transforme la question référendaire sur le programme d’austérité en un « Oui » ou « Non » à l’Europe et à la Zone Euro…

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : je conseille à tous ceux qui sont intéressés par l’Europe – et même ceux qui n’y sont pas intéressés – de lire ce texte. Il restera (pour moi) dans les annales comme un momentum. Télécharger le discours