Le prix Albert Londres remis à Bruxelles (maj)

Les trois lauréats du prix Albert Londres
Les trois lauréats du prix Albert Londres

(B2) Nos confrères du prix Albert Londres ont remis officiellement ce samedi à Bruxelles, à l’Académie royale de langue et de littérature françaises, le Prix Albert Londres 2015. La volonté pour toute l’équipe du jury était de suivre les traces d’Albert Londres – qui était venu à Anvers – de rencontrer des collègues belges (ils étaient reçus par la RTBF ou le quotidien Le Soir) mais aussi de découvrir un peu le monde européen. « Nous avons découvert des institutions effarantes, complexes, mal communicantes… » a constaté Annick Cojean, grand reporter au Monde et présidente du jury.

Une cérémonie chaleureuse, pleine d’amitié et d’émotion également. Car les trois primés symbolisent, chacun/e à leur manière, un engagement journalistique plein et entier. Et le message d’Annick Cojean s’est voulu aussi très engagé dans cette « année Charlie ». Elle a tenu à saluer « la loi Belge de protection des sources des journalistes, un modèle du genre ». Mais elle s’est aussi montrée inquiète « A l’heure où l’Europe entend légiférer sur la protection des sources, le secret des affaires et les lanceurs d’alerte » (Lire aussi : Secret des affaires … le retour. Attention danger ! (*).

La Syrie et les Djihadistes

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le sourire était sur toutes les lèvres… (NGV / B2)

Le prix « Presse écrite », cette année est allé à Luc Mathieu, journaliste à Libération, pour un ensemble de reportages et de portraits traitant à la fois de ceux qui sont victimes du jihad, de ceux qui le combattent et de ceux qui le font. Luc a eu des mots émouvants appelant chacun à ne pas oublier ce qui se passe en Syrie,« un conflit inouï », avec des zones où il n’est plus « seulement » dangereux d’aller mais où ce peut être la mort assurée, l’Etat islamique étant bien décidé à ne pas laisser des journalistes raconter ce qui se passe. « Il est important de ne pas laisser passer ce pays dériver sans le dire ». Il « faut continuer, malgré tout, à y aller », continuer traiter cette actualité syrienne, nous a-t-il exhorté. « Ne pas abandonner ».

La torture sur les réfugiés érythréens

Le « prix Audiovisuel » va à deux baroudeuses, Cécile Allegra et Delphine Deloget pour leur documentaire « Voyage en barbarie », diffusé sur Public Sénat (il repasse lundi prochain à 12h30 et ensuite toute la semaine en replay) pour leur reportage sur le sort des Erythréens au Sinaï, dans des camps de migrants. « De vrais camps, où la torture est pratiquée, » pour faire pression sur les migrants. Un « mal absolu », a dénoncé Cécile Allegra, qui compte bien continuer à suivre le sujet. Ce reportage « prend son temps. Il y a peut-être des longueurs. Mais nous avons voulu donner la parole » aux gens, a-t-elle justifié. Pour le jury, cela a été comme un rappel. « Albert Londres avait dénoncé le fléau de l’esclavage en son temps, le scandale du trafic d’êtres humains existe encore au XXIe siècle ».

Pour voir le reportage, c’est ici (sur Telerama)

Oser la singularité, oser l’audace

En conclusion, Annick Cojean a encouragé chaque journaliste à « oser la singularité, l’audace, toutes les escapades possibles, à refuser le flagornage… à garder (également) le goût de l’écriture ». Car c’est aussi çà le journalisme, « de la littérature qui se dépêche ». Ou comme disait Albert Londres :

« Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »

Que dire de plus…

(NGV)

(maj) dim 31.5. complété avec les citations des différents primés et de la présidente du jury

(*) Sur ce sujet, lire aussi :