La PESC : une horde de poules vaut mieux (Juncker)

(crédit : WDR)
(crédit : WDR)

(BRUXELLES2) Familier des expressions qui frappent l’esprit, Jean-Claude Juncker a dégainé aujourd’hui son arme favorite, la dérision.

Une horde de poule vaut tous les battlegroups

« Une horde de poules est une formation de combat rapprochée comparée à la politique étrangère et de sécurité de l’UE », a lancé le président de la Commission, invité à un forum-débat de la chaine allemande WDR, dans l’enceinte du Parlement européen. « On ne sent pas de sursaut » des Etats membres même s’il y a « quelques petits changements », quelques évolutions parmi certains Chefs d’Etat et de gouvernement. « L’état de préparation des défenses européennes constitue un paysage fragmenté. Il suffit de regarder comment est organisée l’acquisition de matériel militaire ». Et l’homme, qui a de la suite dans les idées, réitère sa position. « J’appelle toujours à une armée européenne comme un projet à long terme. Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez construire à partir de zéro demain matin. »

De la suite dans les idées

Ce faisant, le président de la Commission adresse ainsi un démenti à ceux qui avaient cru que son propos dans un journal allemand en mars, sur une armée européenne était un propos d’un jour, un dérapage, une idée en l’air, en seront pour leurs frais. L’idée européenne, Jean-Claude Juncker y croit. Et l’armée européenne également. Ce ne sera sans doute pas une réalisation facile, ni immédiate, ni totale. Mais à un horizon de 10, 20 ou 30 ans on peut envisager qu’il y aura des rapprochements nécessaires entre des Etats européens, surtout les plus petits ou moyens qui n’auront plus les moyens de leurs ambitions (Lire notre point de vue : Une armée pour l’Europe propose Juncker : est-ce intéressant, est-ce réalisable ?).

Une Europe qui caquette beaucoup et agit peu

Ce qui est sûr c’est que la situation ne peut plus continuer comme aujourd’hui. « L’Europe dépense 3 fois plus que la Russie et a 2 fois plus de soldats sous les drapeaux que les Etats-Unis mais tout cela ne produit pas de résultats suffisants pour produire la politique de soft power que nous appelons de nos vœux  » regrettait il y a quelques jours Elmar Brok, le président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen et membre de la CDU allemande.

Un peu d’ambition !

Au passage, le président de la Commission met le curseur un peu plus haut pour les Etats membres qui en 18 mois, depuis le dernier Sommet défense, n’ont pas vraiment produit les résultats attendus et espérés. Selon notre propre analyse, 50% seulement des objectifs fixés ont été atteints (et encore en étant gentil). Il inflige un petit désaveu à ses propres troupes. Les deux rapports préparés par la vice-présidente de la Commission, Federica Mogherini, et la commissaire européenne en charge de l’Industrie et du marché intérieur, Elzbieta Bienkowska, — que B2 a pu consulter et livrer en exclusivité à ses abonnés — sont plutôt ternes et très, très loin, à la fois de l’enthousiasme affiché par Jean-Claude Juncker mais aussi du contexte actuel…

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Abandonner Mare Nostrum : une grave erreur

Non content de mettre les pieds dans le plat de la défense, l’ancien Premier ministre luxembourgeois a estimé aussi qu’il fallait avancer sur l’immigration légale. « Nous devons ouvrir la porte un peu, afin que les gens ne doivent pas passer par la fenêtre ». La question est urgente . « Si nous ne résolvons pas le problème, le problème va nous envahir ». Et il faudra introduire également davantage de solidarité entre les pays européens qui sont en première ligne (en méditerranée) et les autres. Pour lui, abandonner le projet « Mare Nostrum » en Méditerranée était une « grave erreur ». Il inflige ainsi un autre démenti à son prédécesseur à la Commission qui n’avait pas relayé suffisamment la demande italienne de monter une opération européenne.

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