La marine colombienne en renfort dans l’Océan indien ?

(BRUXELLES2 – exclusif) L’opération européenne de lutte anti-piraterie (EUNAVFOR Atalanta) pourrait accueillir prochainement une frégate d’un pays qui a peu l’habitude de frayer dans les eaux somaliennes, ni européennes : la Colombie. Ce n’est pas une blague ni un poisson d’avril par avance. Bogota a réellement fait savoir aux Européens son intérêt à être présent à leurs côtés dans l’Océan Indien. Une contribution fortement soutenue par Madrid.

Une première latino-américaine

La flotte colombienne mettrait ainsi à disposition une frégate et un navire d’intervention léger. Ce qui serait assurément une première tant au niveau de la collaboration européenne avec ce pays d’Amérique latine que de la lutte anti-pirates. En novembre dernier, le ministre de la Défense colombien Juan Carlos Pinzón, avait autorisé le commandement de la Marine à examiner la faisabilité de déployer une frégates de classe « Almirante Padilla ». Il reste encore une formalité importante à accomplir : signer un accord cadre avec l’Union européenne pour cette participation, et pour cela obtenir un accord en interne (parlementaire). Il faut faire vite car la fenêtre d’emploi possible – pour cause de disponibilité de la frégate concernée – se situe d’ici l’été.

La Corée du sud également ?

Une autre frégate pourrait rejoindre rapidement l’opération anti-piraterie, venant cette fois d’un pays qui s’est engagé régulièrement dans les opérations dans la région : la Corée du Sud. Mais les navires coréens faisaient davantage partie de l’opération menée sous initiative américaine (la CTF 151). La participation à une mission européenne serait ainsi une première également pour les Coréens.

Un acte de diplomatie navale

Cet engagement de pays tiers n’est pas nouveau : la Norvège et l’Ukraine (une frégate) ; la Nouvelle-Zélande (avion patrouilleur) ont déjà contribué à l’opération européenne au large de la Somalie. Mais avec la Colombie ou la Corée du Sud, on atteint des collaborations plus « exotiques » à l’heure où la menace de la piraterie somalienne a largement diminué par rapport aux pics observés en 2010-2012. L’opération EUNAVFOR Atalanta devient ainsi un instrument non négligeable de diplomatie navale européenne. Cette implication étrangère n’est pas non plus négligeable au plan opérationnel au moment où les engagements européens tendent à être plus limités pour cause d’autre terrain d’intervention. La France notamment a largement diminué son engagement dans l’opération européenne comme le Royaume-Uni a quasiment cessé sa participation à l’opération soeur menée par l’Otan (Ocean Shield).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).