L’EASA tire les premières leçons du crash de l’A320 : la règle des 4 yeux imposée dans les cockpits

Un avion sur l'aéroport "low cost" de Paris Beauvais © NGV / B2
Un avion sur l’aéroport « low cost » de Paris Beauvais © NGV / B2

(B2) L’Agence européenne de sécurité aérienne (EASA) a recommandé vendredi (27 mars) à toutes les compagnies aériennes commerciales et aux autorités nationales de l’aviation civile de revoir les règles de navigation aérienne, pour pallier tout incident du type de celui survenu dans l’A320 de German Wings dans les Alpes françaises.

Une leçon, à chaud, de l’accident

L’Agence européenne tire ainsi une première leçon du crash : le copilote s’était, en effet, retrouvé tout seul dans le cockpit et le pilote n’avait pu rentrer dans la cabine, celle-ci étant bloquée. L’EASA recommande d’avoir, en permanence, dans le cockpit, deux personnes. Il ne s’agit pas d’imposer la présence de 3 pilotes mais « d’autoriser » en cas d’absence, momentanée, d’un pilote ou copilote, « pour raison opérationnelle ou physiologique » de faire venir un membre du personnel naviguant (exemple le chef PNC – personnel naviguant commercial, par exemple). Télécharger la recommandation de l’EASA ici

Pas obligatoire, mais presque

Cette décision répond en partie aux préoccupations du monde aérien, comme de plusieurs compagnies ou autorités civiles nationales qui avaient déjà pris ou comptaient prendre une telle mesure, mais aussi de l’opinion publique (*). Certes, cette notice reste une recommandation, prise à titre provisoire. C’est-à-dire qu’elle n’est pas obligatoire, au sens juridique du terme. Mais une compagnie qui viendrait à ne pas suivre cette recommandation s’exposerait à une mauvaise publicité. Ce qui rend de fait cette notice quasi-obligatoire.

Un certain cafouillage européen

Cette réaction rapide de l’Agence, à chaud, constitue un singulier démenti aux autorités politiques européennes qui, quelques heures avant, semblaient vouloir attendre. Interrogé par la presse, lors du briefing de midi, un des portes-paroles en chef de la Commission européenne, répondait : « L’heure est au recueillement, non aux décisions ». Et il ne faut « pas spéculer » sur les résultats de l’enquête comme des éventuelles décisions à prendre. Quelques heures après, ils étaient démentis frontalement par l’EASA – qui est tout de même un organisme créé et dépendant de « la Communauté européenne ».

(NGV)

Lire aussi : Visite médicale du personnel naviguant : quelle est la réglementation européenne applicable ?

MAJ : papier complété le 28.3 avec des éléments de commentaire

(*) Certains syndicats de pilote estiment que cette décision est précipitée.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).