Quand un Breton secoue le cocotier européen, çà donne cela

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(BRUXELLES2 à Riga) Fidèle à ses habitudes, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, n’a pas fait le déplacement dans la capitale lettone, où se tenait la réunion informelle des ministres de la Défense de l’Union européenne, pour la decorum. En breton, têtu, mais pragmatique, il sait qu’il ne faut pas hésiter à poser les principaux éléments du débat, les exposer clairement et… les répéter souvent. C’est-à-dire « animer » le débat comme le soulignent les diplomates. Apparemment, l’objectif a été réussi. « Nous avons eu un débat ‘animé’ sur les opérations » a reconnu, avec délicatesse, le ministre letton de la Défense, Raimonds Vejonis, qui présidait la réunion ce jeudi matin (19 février).

Objectif : Un message d’alerte

Jean-Yves Le Drian avait, en effet, un message à porter, clair et fort, comme il l’a expliqué ensuite devant les journalistes (dont B2). « Je suis venu porter un message d’alerte à mes homologues et amis européens. Une alerte sur le risque que nous ne soyons pas au rendez-vous » a-t-il indiqué. Car les menaces pour les Européens « ne manquent pas aujourd’hui » : de l’Ukraine au Nigeria, en passant par l’Irak ou la Syrie, la Somalie, la Centrafrique, le Niger, le Mali, et la Libye, etc.

1er constat. On ne peut pas choisir les menaces

« Nous faisons face à une multiplication sans précédent des défis et des menaces pour la sécurité de nos concitoyens européens. Cette menace n’est pas théorique ». Un constat qu’il n’est pas le seul à indiquer. Chez la Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, on partage ce point de vue, comme l’a résumé le numéro du service diplomatique européen, Maciej Popowski : « Nous n’avons pas le choix. On ne peut pas préférer une crise à une autre. Il faut faire face aux risques à l’Est comme au Sud ».

2e constat. La France assume sa part de solidarité à l’Est …

« Depuis le début de la crise ukrainienne, la France n’a pas ménagé ses efforts pour contribuer à des initiatives militaires de réassurance au bénéfice de ses alliés les plus exposés (1), mais aussi pour rechercher une solution politique à la crise. »

… alors qu’elle est déjà engagée sur d’autres terrains en Afrique…

La France est intervenue au premier au Mali, relayée ensuite par les autres Européens (au sein de EUTM Mali ou de la MINUSCA, la force des nations-unies). Idem en Centrafrique avec l’opération Sangaris, complétée par la mission EUFOR RCA. Mais la suite de cette mission se heurte aux mêmes difficultés (Lire sur le Club : EUMAM RCA, une génération de force bien laborieuse (Maj).

… mais les Européens trainent des pieds pour assurer le relais

Pour EUMAM RCA, « il faut mobiliser 60 experts militaires, non pas pour une mission de combat mais une mission de conseil/formation. Et nous avons du mal à les réunir ». Et encore « sur ces 60, la France en met déjà 20… voyez l’acuité du sujet ! ». Une nécessité importante pour le ministre « On imagine les risques qu’aurait une RCA qui n’aurait pas d’armée structurée, près du nord du Cameroun, où existe Boko Haram ».

3e constat : Agir à l’extérieur, c’est agir à l’intérieur. Et vice-versa

Pour le ministre, les opérations extérieures et la lutte anti-terrorisme au plan intérieur sont les deux versants d’une même boule. « Il n’y aujourd’hui plus de véritable séparation entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure. Les évènements récents de Bruxelles, de Paris, de Copenhague l’ont montré. Il faut à la fois agir sur nos territoires et les territoires de crise » dans le monde.

Conclusion : Le fardeau de la sécurité européenne doit être partagé, et vite !

Le ministre français a sermonné, gentiment, ses partenaires.  « Le fardeau de la sécurité européen n’est pas équitablement réparti. La France continuera à y prendre sa part, mais seulement une part. Nous attendons que nos partenaires soient également au rendez-vous. » Ce que souhaite Jean-Yves Le Drian, c’est que les autres Européens réagissent un peu plus vite qu’aujourd’hui. Il faut « agir avec une plus grande solidarité en permanence et plus grande capacité de réaction ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) La France avait dépêché des Rafale pour la surveillance du ciel des pays baltes à Malbork en Pologne, au printemps 2014 (lire : 4 Rafale français présents à Malbork. Plus qu’un symbole …). Des chars Leclerc et VBCI seront dépêchés en Pologne ce printemps, en avril-mai.