La diplomatie « Hollande »

HollandeConfPresse@Fr150205(BRUXELLES2) Le président François Hollande a donné, lors de sa conférence de presse, jeudi 5 février), à Paris un certain nombre de réponses sur la défense française, la diplomatie mondiale et les principales crises en cours (Ukraine, Syrie, Nigeria). Des questions qu’il a approfondies lors des échanges avec les journalistes, notamment avec mes collègues Alain Barluet, du Figaro, et Hervé Hasquin de l’AFP et Michel Urvoy de Ouest-France. Que ce soit sur le budget de la défense, la livraison d’armes à l’Ukraine et la négociation avec la Russie, la lutte contre Boko Haram ou la situation au Liban. A lire, car il fixe en quelque sorte la « doctrine » actuelle de la France sur la scène internationale.

La dissuasion nucléaire : une force à moderniser, avec suffisance

« Ce débat n’est pas ouvert en France, mais il l’a été. Et j’entends aussi que notre force de dissuasion soit modernisée autant qu’il est nécessaire, et toujours avec le principe de suffisance, et donc dans la transparence sur les armes nucléaires dont la France dispose »

Le budget de la défense : préservé, augmenté si nécessaire

« Je fais en sorte que la sécurité soit préservée et que nous puissions le faire dans les enveloppes qui ont été prévues. S’il y avait des dangers qui apparaissaient, je prendrais mes responsabilités. » Le budget actuel « de 31,4 milliards (qui) doit être sécurisé, sauvegardé, préservé, (…) permet d’atteindre les objectifs. Sur les effectifs, (…) j’ai fait en sorte, compte tenu de ce qui était aujourd’hui la menace, de maintenir un niveau des effectifs, qui soit conforme à ce que je pense l’intérêt du pays. »

Le plan Vigipirate renforcé, aussi longtemps que nécessaire

« Nous avons pu mobiliser plus de 10 000 soldats pour assurer la sécurité d’un certain nombre de lieux (…) et nous maintiendrons le dispositif, aussi longtemps que nécessaire, même si nous pouvons l’adapter. »

La paix menacée en Ukraine

« La paix est menacée aux frontières de l’Europe, en Ukraine. Oui, en Ukraine, c’est la guerre. (…) On croit toujours que la guerre c’est pour les autres, on pense toujours que la guerre c’est loin, que la guerre ce n’est pas pour notre génération – c’était pour les temps de nos parents, de nos grands-parents  – on n’imagine pas que la guerre puisse être une réalité et, pourtant, à quelques heures d’avion à l’Est de l’Europe, à ses frontières, il y a des femmes, des hommes, des civils qui meurent chaque jour ; il y a des armes lourdes qui sont disposées ; il y a des tirs d’artillerie ; il y a des hôpitaux qui sont visés ; il y a des tranchées qui sont creusées et on est donc passés en quelques mois insensiblement de ce qui était un différend à un conflit et du conflit à la guerre. »

Les sanctions marchent mais n’ont pas fait cesser les hostilités

« Depuis le 6 juin 2014, la France est à l’initiative avec l’Allemagne. Avec Angela Merkel, nous avons beaucoup travaillé ces derniers mois, multiplié les appels, parlé avec les uns et avec les autres. Nous avons pu faire accomplir des progrès ; ils n’ont pas résisté aux tenants de l’épreuve de force. Des sanctions ont été prononcées, nombreuses ; elles ont eu leur effet, mais elles n’ont pas fait cesser les hostilités. »

Une nouvelle initiative pour la paix en Ukraine

L’Allemagne et la France vont faire de concert « une nouvelle proposition de règlement sur le conflit lui-même. (Elle) sera fondée sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Proposition présentée au président ukrainien Porochenko, jeudi (5 février) et au Président russe, V. Poutine, vendredi (6 février). « Il ne sera pas dit que la France et l’Allemagne, ensemble, n’auront pas tout tenté, tout entrepris, pour préserver la paix. »

Deux options : armer ou négocier

Il y a deux options : soit on rentre dans une logique qui consiste à armer les protagonistes, puisque les uns le font – les Russes – par rapport aux séparatistes – alors faisons-le pour les Ukrainiens pour leur permettre de se défendre. » Le président français ne voit d’ailleurs la différenciation (fait notamment par les Américains) « entre une arme défensive et une arme offensive. (…) C’est une précaution de langage pour dire qu’on pourrait  être prêts à armer les Ukrainiens ». « Et il y a une autre option, elle n’est pas sûre de réussir, mais si elle n’est pas tentée nous ne le serons jamais, c’est l’option de la diplomatie, de la négociation, elle ne peut pas être prolongée indéfiniment. »

Pas de livraison d’armes à l’Ukraine, pas d’intégration à l’OTAN

« La France n’est pas en guerre en Ukraine – et elle ne veut pas être en guerre en Ukraine – elle veut éviter la guerre. Et elle n’en sera pas ! La France ne peut pas rentrer dans cette logique e, pour le moment, nous devons tout faire pour que ce soit la diplomatie et la politique qui reprennent leurs droits ; La France ne rentre pas dans le débat de la fourniture des armes à l’Ukraine. (…) la France n’est pas favorable à ce que l’Ukraine rentre dans l’Alliance Atlantique. »

Le rôle de la France contre Boko Haram

Face à Boko Haram, « l’Union africaine vient de décider de mettre en place (une) force africaine. (En attendant), le Tchad, le Cameroun, le Nigéria coordonnent leurs forces pour agir contre Boko Haram. (Et) la France soutient de façon logistique, de façon opérationnelle, y compris en fournissant carburants et parfois munitions. Elle soutient ces forces africaines qui luttent contre le terrorisme. »

Un président pour le Liban, parler avec tous y compris l’Iran

Il y a depuis plusieurs mois un vide au sommet de l’Etat puisqu’il n’y a pas eu l’élection d’un président de la République. Nous travaillons avec d’autres (…) pour que cette élection puisse avoir lieu dans les meilleurs délais. Quand je dis “d’autresˮ (…) c’est y compris l’Iran qui est une des solutions aussi pour la résolution de ce problème.

Un appel au partage des tâches

Aucun pays n’a été désigné dans ce partage. Mais il vise, sans conteste, les Européens. « La France ne peut pas être la seule puissance du monde à agir avec des moyens militaires et financiers qui ont été rappelés. Donc il y a un message que je veux adresser à la communauté internationale, et aux plus grands pays, faites votre travail, ne faites pas la leçon, faites l’action. Ce n’est pas pareil, la leçon et l’action. Faites votre devoir, personne ne le fera à votre place. (…) Nous devons aider les Africains, beaucoup plus pour agir contre le terrorisme. Et si nous ne le faisons pas, il y aura de nouveau des Etats qui seront déstabilisés. »

Le couple franco-allemand

(C’est) « une vieille histoire, je ne sais pas s’il y a un couple, je ne sais pas s’il y a un moteur, mais il y a un lien fort entre la France et l’Allemagne, parce que quand la France et l’Allemagne sont unies ça pèse non seulement en Europe, ça pèse partout dans le monde. »

Etre Européen, ce n’est pas être de gauche ou de droite, c’est uni

« Je suis Européen. Je ne fais pas une Europe de gauche. Si je faisais une Europe de gauche, ce serait une petite Europe en ce moment, mais je ne fais pas une Europe de droite parce que ce n’est pas la conception que j’ai de l’Europe, ni ce qu’elle doit représenter pour les peuples. (…) Ce qui fait peut-être la caractéristique de la France, c’est qu’elle est capable de parler et aux uns et aux autres, et de les unir. Se retrouver sur l’essentiel même quand il y a des clivages, même quand il y a des sensibilités mais l’Union européenne, ça doit être un projet européen. »

Un service civique universel

« Ce que je propose aujourd’hui est un service civique universel. Nous savons qu’il y a aujourd’hui quatre fois plus de demandes qu’il n’y a de service civique proposé. Toute personne, tout jeune de moins de 25 ans (…) qui se présentera à partir du 1er juin de cette année pourra faire un service civique (…) de huit mois. Ce qui va supposer de mettre toutes les collectivités, toutes les associations, tous les ministères, en capacité de proposer 150 000 ou 160 000 missions dans un délai particulièrement court, mais enfin qui peut s’étaler sur plusieurs mois. L’agence de service civique sera renforcée. »

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).