Un peu de respect pour la Grèce (Varoufakis)

(BRUXELLES 2) Le nouveau ministre des Finances du gouvernement grec de Alexis Tsipras (Syriza) a tenu aujourd’hui (29 janvier) à mettre les choses au point sur la position grecque vis-à-vis des sanctions contre la Russie, dénonçant certaines « mauvaises interprétations » faites dans la presse.

Pas de veto aux nouvelles sanctions mais…

La protestation grecque n’avait pas pour objectif « d’opposer son veto à la Russie de nouvelles sanctions » explique Yanis Varoufakis mais de faire respecter la voix grecque aux décisions. « Notre ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, nous a informé que lors de son premier jour au travail, il a entendu dans les bulletins d’information que l’UE avait approuvé de nouvelles sanctions à la Russie à l’unanimité (*) » raconte ainsi Varoufakis sur son blog. « Le problème est que lui, et le nouveau gouvernement grec, n’ont jamais été interrogés ! ».

… une question de respect de la souveraineté

La question — poursuit-il n’est donc « pas de savoir si notre nouveau gouvernement est d’accord ou non avec de nouvelles sanctions sur la Russie. La question est de savoir si notre point de vue peut être tenu pour acquis, sans même avoir été informé de ce que c’est! » C’est « avant tout une question de respect pour notre souveraineté nationale ». Et d’interpeller les « journalistes du monde entier (pour faire) cette importante distinction entre protester pour avoir été négligés et protester contre les sanctions elles-mêmes ? Ou est-ce trop compliqué ? », ironise-t-il.

Commentaire : une légère imprudence

Du côté de l’équipe de Donald Tusk, le président du Conseil européen, on dément ne pas avoir prévenu la nouvelle équipe au pouvoir. Lire : Tusk grille les étapes et brise l’unité européenne. Mais il faut reconnaître que le procédé utilisé est peu adapté. Utiliser une procédure de silence ou se contenter de l’accord oral grec, juste au moment de l’arrivée d’un nouveau gouvernement, en pleine rupture avec le précédent, est pour le moins cavalier et totalement imprudent. Cela convient à une décision technique ou assez formelle pas à une déclaration politique de première ampleur au niveau européen.

Plus Polonais qu’Européen…

Certes, Donald Tusk, voulait aller vite et montrer que sur ce dossier, sensible pour la Pologne, de l’Ukraine, il était au coeur de la décision. Il s’est pris les pieds dans le tapis. C’est le « premier faux-pas » de l’ancien Premier ministre polonais qui marque ainsi un tropisme géographique très marqué par sa nationalité. Sur les autres terrains de crise dans le monde (Libye, Syrie, Moyen-Orient, Afrique…), on ne retrouve pas la même détermination, la même volonté et le même sens de l’accélération…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Le ministre commet une petite « mauvaise interprétation », il ne s’est jamais de donner l’accord sur de nouvelles sanctions mais de donner un mandat aux ministres des Affaires étrangères pour étudier de nouvelles sanctions. Une petite nuance…

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).