Des paracommandos dans les rues de Belgique. Et pourquoi pas des chars ?

Des paracommandos dans les rues de Belgique. Et pourquoi pas des chars ?

MilitairesMuséeJuif @TeleBruxelles

Au Musée juif de Bruxelles (crédit : TéléBruxelles)

(BRUXELLES2) La décision du gouvernement belge prise vendredi de déployer des paracommandos dans les rues, a été mise en application quasi-immédiatement. Une présence militaire qui n’avait pas été déclenchée dans les rues belges depuis… trente ans et les attentats des cellules combattantes (CCC). On appelait cela les « années de plomb » car le plomb volait plus vite que l’air à l’époque…

Des paracommandos dans les rues

La mission de surveillance du détachement militaire a débuté samedi (17 janvier) à 7h du matin. 150 militaires du 3e Bataillon de Parachutistes de Tielen et du Bataillon de Chasseurs ardennais de Marche-en-Famenne arrivent en « missions statiques de surveillance », selon le ministère de la Défense. 150 autres suivront pour atteindre les 300 hommes et femmes à terme. Sont en priorité protégés certains sites sensibles : écoles juives, synagogues, ambassades etc. Une mesure, prise en urgence, qui appelle certaines questions et interrogations.

1. Qui paiera ?

Cette mission des militaires dans la rue au « une durée initiale d’un mois » (ce qui semble très optimiste. On imagine mal la mission cesser dans un mois et même plusieurs mois). La prolongation est d’ailleurs déjà inscrite. « Après une première évaluation, (cette mission) pourra éventuellement être prolongée » précise-t-on à la Défense. Les frais de personnel seront pris en charge par le ministère de la Défense (au titre du coût normal du personnel). « Les frais supplémentaires seront à charge de la Police Fédérale ».

2. Quels seront les compétences et pouvoirs de ces soldats ?

Si les militaires seront en armes, ils n’auront qu’un rôle et un pouvoir très limités. Le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, l’a reconnu, il y a quelques jours, à la Chambre (à ce moment, la question du déploiement dans les rues restait encore théorique). « Les compétences de police administrative des militaires demeurent limitées. Si les militaires peuvent user de la force dans ce contexte, ils ne peuvent procéder à un contrôle d’identité, ni dresser procès verbal, ni procéder à une fouille ou à une saisie, ni arrêter une personne ou lui passer les menottes. » Autrement dit, en cas de suspect, ils peuvent appeler… la police ou tirer ! Soit largement moins qu’un militaire engagé dans une opération de stabilisation ou de maintien de la paix (comme en Centrafrique par exemple).

3. Quelle sera la préparation ?

Malgré tous les dires officiels, la préparation des militaires à cette nouvelle mission est on ne peut plus succincte. Alors qu’une mission à l’extérieur se prépare généralement plusieurs semaines à l’avance, avec une chaine de commandement, plus ou moins rodée dans plusieurs exercices au préalable. Ici, rien de tout çà. Difficulté supplémentaire, non niée par l’Etat major d’ailleurs. Les militaires ne dépendront pas de leur hiérarchie habituelle. Mais de celle de la police. Les militaires « agiront toujours sous le commandement de la Police Fédérale, de sorte qu’(ils) puisse(nt) être disponible(s) pour pouvoir effectuer d’autres taches » précise-t-on à la défense. Ce qui est logique au point de vue légal mais beaucoup plus compliqué au niveau opérationnel.

4. Quel sera l’effet ? Rassurer ou ne pas rassurer ?

Certains bourgmestres saluent l’initiative qui va permettre de soulager les policiers. C’est le cas notamment du bourgmestre d’Anvers, le NVA Bart de Wever, ou de celui de Bruxelles Yvan Mayeur (PS). Le Bruxellois, interrogé par Télé Bruxelles « espèce que ce sera dissuasif. (…) Et cela soulage pour nous les policiers. On peut redéployer les policiers de Bruxelles sur d’autres missions ». D’autres comme Bart Somers, le bourgmestre de Malines (Libéral flamand Open VLD, sont très sceptiques sur le principe comme sur la réalité. Sur la VRT, B. Somers estime « dans un état démocratique, c’est à la police de protéger en premier lieu les gens. » Et celui qui fut le président du VLD d’estimer que cela « renforce inutilement la peur. Mais en tant que politicien nous devons garder la tête froide ».

5. Un aveu d’impuissance ?

L’armée est clairement appelée à cause des insuffisances de moyens de la police. Steven Vandeput le reconnaissait lui-même il y a une semaine devant la Chambre. « Ce type d’engagement peut être décidé (…) lorsque les moyens des services de police se révèlent insuffisants et que les Forces armées sont les seules à pouvoir y suppléer ». C’est un peu un aveu d’impuissance qu’envoie ainsi le gouvernement belge qui semble naviguer à vue. Il y a quelques semaines, le gouvernement annonçait un budget d’économies 2015 avec une économie linéaire de 4% sur le fonctionnement de l’Etat (-83 millions d’euros pour la police selon la commissaire générale de Bolle, invitée de la RTBF ce dimanche) comme pour la défense (- 200 millions d’euros). La menace d’un attentat terroriste était cependant déjà palpable. Au lendemain des attentats de Paris, début janvier, pas de changement de position : le niveau de menace n’est pas rehaussé, le budget n’est pas renforcé. A peine, une semaine plus tard, après une opération de police déjouant un projet d’attentat (lire : Un attentat déjoué en Belgique), changement de braquet. La menace est rehaussée. Le gouvernement annonce des militaires dans la rue, avec une série d’autres mesures, qui ressemble davantage à un assemblage de bric et de broc, pris dans l’urgence.

6. Un déploiement à l’extérieur plus efficace ?

L’armée n’aurait-elle pas plus d’utilité ailleurs, ce pour quoi elle est formée et entraînée : à l’extérieur des frontières, dans des missions de stabilisation ? Les menaces ne manquent pas dans le monde. Pour la sécurité générale, il serait plus judicieux certainement que le gouvernement belge déploie ces militaires en Centrafrique ou au Sahel, en renfort des autres forces déjà déployées par la France et l’Union européenne. Mais cela coûte un peu plus cher, c’est plus risqué et moins visible que patrouiller en ville. Et, pour l’armée, après les mesures d’économie drastiques annoncées en octobre, c’est un peu une manière de rappeler qu’elle existe et peut servir.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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