La Grèce sortie de l’Euro : Possible, Impossible ?

(B2) Les spéculations sont reparties sur le sort de la Zone Euro et l’appartenance de la Grèce depuis que Der Spiegel, l’hebdomadaire allemand, a affirmé samedi dernier citant des sources proches de la chancelière que l’Allemagne était prête à laisser la Grèce sortir de la zone Euro au cas où Syriza remporterait les législatives du 25 janvier, et remettrait en cause la discipline budgétaire. Cette hypothèse est-elle envisagée ? Est-elle envisageable ? Combien cela couterait ? Sur quoi se fonde le magazine allemand ? Réponses…

Peut-on sortir de la Zone Euro ?

Pour la Commission européenne, l’appartenance à la zone Euro est « irrévocable ». Elle se fonde sur un article du Traité européen qui fixe de façon irrévocable les taux de conversion de la monnaie nationale en Euro. Un argument qui ne tient pas la route d’un point de vue purement juridique. La réalité est plus prosaïque : le Traité ne dit « rien » sur la sortie de la Zone Euro. Tout est donc possible… en théorie. Mais tout devra donc être défini à la fois par le pays voulant sortir et par les pays membres de la zone Euro. Tout cela sous la surveillance des marchés. Dans la réalité politique et économique, c’est très difficile voire impossible. C’est en cela que l’appartenance à la Zone Euro est irrévocable.

Quitter l’euro peut-il être fait rapidement ?

Non. C’est un processus qui demanderait beaucoup de temps, d’énergie. Quitter l’euro, ce n’est pas seulement décider de changer la monnaie, c’est réintroduire un taux de change, changer la législation interne, réimprimer des nouveaux billets et pièces de monnaie, les placer chez tous les commerçants et dans les distributeurs de banque, etc. Un travail de titan au coût non négligeable. L’introduction de l’euro et la disparition des monnaies nationales avait nécessité un travail préparatoire de plusieurs années.

Quel serait le coût de la sortie de l’Euro ?

Quitter l’euro aurait un coût très important pour le pays concerné mais aussi pour tous les pays de la zone Euro qui ont fait des prêts. Elle pourrait couter aux contribuables européens des milliards d’euros estime Guy Verhofstadt, l’ancien Premier ministre belge, aujourd’hui eurodéputé. « Les rapports montrent que pour l’Allemagne seule, cela pourrait couter 80 milliards d’euros. »

La sortie de la Grèce (Le Grexit) de la Zone euro est-elle une option envisagée à la Commission européenne ?

Pas du tout. « Le Grexit n’est pas une position envisagée à la Commission européenne. Et ce n’est clairement pas le scénario de la Commission européenne », martèle-t-on à la Commission européenne. Un point de vue que le commissaire Pierre Moscovici a confirmé à Ouest-France. « La Grèce a toute sa place dans l’euro. » Position partagée au millimètre près par son collègue finlandais, Jyrki Katainen, peu suspect pourtant de complaisance à l’égard de la Grèce. « Les spéculations sur une sortie de la Grèce de la zone euro sont une perte de temps. L’appartenance à la zone euro est irréversible » a-t-il ajouté.


Der Spiegel spécialiste de la sortie de la Grèce de l’Euro ?

AcropolisAdieuSpiegel2012Sur quoi se fonde le magazine allemand ? Sur du vent… Pour un fin observateur de la scène européenne et allemande, l’idée de sanctionner la Grèce existe « chez certains responsables politiques » à Berlin, effectivement « mais pas chez tous ». Ce n’est pas seulement « pour faire pression (sur la Grèce). C’est plus cash que çà, c’est une opinion. Mais ce n’est pas nouveau. » En fait, le magazine allemand Spiegel adore surfer sur une vague anti-grecque aux relents très populistes à la limite de la xénophobie.

En mai 2011, il titrait déjà « Greece Considers Exit from Euro Zone ». Un an plus tard, il réitérait, avec cette fois une couverture titrant « Akropolis : adieu », sous-titré « Warum Griechenland jetzt den Euro verlassen muss » (Pourquoi la Grèce doit maintenant abandonner l’Euro). A l’intérieur, ses rédacteurs expliquaient combien « la sortie (de l’euro) est dans l’intérêt des Grecs. Seule une sortie de la Grèce de la zone euro donne une chance au pays, dans le long terme, de se remettre d’aplomb ». Aucune de ses prévisions économiques ne s’est réalisée…

Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles
Article paru dans Ouest-France

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).