L’armée belge est-elle toujours un partenaire fiable ?

(BRUXELLES2) Cent ans après la bataille de l’Yser, l’armée belge n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les coupes budgétaires successives, l’absence de réflexion stratégique, et de choix, ont eu raison de ce qui constituait jusqu’à présent un exemple. Certes de petite taille, les Belges ont été de la plupart des opérations, de l’UE, de l’OTAN, de l’ONU, répondant quasiment toujours présents, avec des moyens limités mais souvent nécessaires et toujours utiles. Le déminage dans la FINUL au Liban, les frappes en Libye en 2011, les éléments médicaux (précieux) pour permettre le démarrage de EUTM Mali, etc. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Un partenaire qui a cessé d’être fiable

La Belgique a cessé d’un partenaire « fiable », sur qui on pouvait compter, vers qui on pouvait se tourner en cas de « trou ». Le nouveau ministre de la Défense, Steven Vandenput, a stoppé l’envoi de militaires qui devaient assurer le relais pour l’opération de stabilisation de Bangui, EUFOR RCA. La Belgique ne participera plus à l’opération de lutte contre les pirates au large de l’Océan indien (c’est vrai que les pirates se sont fait rares ces derniers temps). Ses éléments se retirent du Liban. Opération terminée dit le gouvernement. De plus, les Belges ne sont quasiment presque plus présents en Afrique, qui a longtemps été leur terrain de prédilection et de connaissance. « Nous risquons de perdre notre expertise » me confiait il y a quelques temps un officier. Le risque est en passe d’être réalisé. Seuls le petit coup de pression des Américains pour obtenir une contribution de formateurs au Kurdistan a fait sortir la rue de (siège du ministère de la Défense) de son attentisme.

Un budget inférieur à 1%

La réalité est très financière. Le budget consacré à la défense se réduit comme peau de chagrin et à une grande vitesse. Le niveau des engagements financiers est déjà passé sous la barre du 1% du PiB. Soit deux fois moins que le chiffre indiqué comme référence par l’OTAN et rappelé au dernier sommet du Pays de Galles. (Il y cinq ans, il était encore de 1,2% ce qui n’était déjà pas beaucoup). Pour un pays qui abrite le siège de l’OTAN, c’est faible. Et cela ne semble pas prêt de s’arranger. Puisque une réduction du budget  de 360 millions d’euros (en crédits d’engagement) est annoncée sur la législature. Avec une diminution de 200 millions d’euros dès 2015 et de 40 millions en moyenne ensuite chaque année. Au total, sur les cinq années, la Défense aura un manque à gagner de 1,5 milliards d’euros en cumulé. L’objectif est de faire passer le budget de 2,55 milliards d’euros (2014) à 2,2 milliards en 2019. Soit 0,5% du PiB (hors pensions). Autant dire le seuil de l’inutilité. Il y a, en effet, un seuil, où les dépenses – sauf à être extrêmement rationalisées et concentrées – ne servent plus à rien. Autant supprimer la défense ou la fusionner avec d’autres forces.

L’armée en mode survie

L’armée « est passée en mode survie » constatait il y a peu le général Delcour (aujourd’hui à la retraite) au quotidien La Libre Belgique. « Avec 0,5% du PIB, il sera impossible de procéder aux grands remplacements du matériel devenu vétuste ». Les quelques rares missions à l’extérieur estime l’ancien chef d’Etat-Major ne sont qu’un prétexte. « Notre gouvernement se précipite pour envoyer des F­16 et des frégates pour, en réalité, cacher nos manquements dans d’autres domaines et s’excuser devant l’Otan et les Américains de ne pas consacrer suffisamment de moyens à nos dépenses militaires »

Des motivations politiques sous-jacentes

Il n’est d’ailleurs que peu étonnant que ce soit un ministre N-VA (autonomiste flamand) à qui revienne ce rôle. Ce choix est très politique et ne repose pas uniquement sur des motivations budgétaires. En réduisant le budget militaire à outrance, il réduit ce qui constitue un des éléments de la Belgique fédérale.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).