2014, année du renouvellement européen

TuskMogheriniVanRompuySallePress@UE140830(BRUXELLES2) Cette année 2014 aura été au niveau européen, avant tout, celle du renouvellement des structures européennes. Durant plusieurs mois, l’Union européenne a été en période électorale. Il s’agissait de renouveler non seulement les parlementaires européens mais derrière eux, tout un dispositif politique : les commissions parlementaires, creuset de la loi européenne du côté de l’assemblée parlementaire, les commissaires et leurs cabinets, nerfs de la guerre de l’initiative européenne. La Commission européenne a été, en effet, pour la première fois, issue indirectement du suffrage universel. Et les postes de « tête » (président de la Commission, du Conseil européen, Haut représentant) ont découlé indirectement des rapports de force politiques nés des élections.

Le système de « Spitzenkandidat » mis au point au Parlement européen par les principaux partis politiques (parti populaire, parti socialiste, libéral et verts) a fonctionné pleinement. Le pari n’était pas évident. Mais c’est finalement le candidat (Jean-Claude Juncker) du parti arrivé en tête (PPE) qui a été nommé à la tête de la Commission européenne, générant pour la première fois un vote au Conseil européen, d’habitude habitué aux formules plus consensuelles (Lire : Jean-Claude Juncker sera-t-il, bien, élu président de la Commission ?).

Vote qui a abouti, fait aussi majeur, à la mise en minorité du Royaume-Uni, qui avait jusqu’ici réussi à bloquer tout candidat un tantinet trop européen (Dehaene en 1994, Verhofstadt en 2004 par exemple). Et, c’est le candidat (Martin Schulz) du second parti en tête (PSE) qui a pris la tête du Parlement européen. Un résultat qui n’était pas automatiquement prévu dans le système des Spitzenkandidat (du moins officiellement).

Un bémol doit cependant être apporté à cette novation : l’atonie du système européen durant de longs mois – qui était au ralenti entre février et novembre 2014 – oblige à réfléchir pour aménager ce dispositif, plus démocratique, mais aussi paralysant (lire :Nomination à la Commission. Une procédure très justifiée mais bien trop lente).

Un changement d’ambiance politique

Quoi qu’il en soit triangle du nouvel exécutif – issu du choix respectif des citoyens et des Etats membres – paraît à la fois plus dynamique et plus efficace que le précédent. Entre Barroso-Ashton-Van Rompuy et Juncker-Mogherini-Tusk, il n’y a pas photo (Lire : Barroso accroche son portrait. Au revoir et sans regret). Le niveau de force politique plus important. Restera à savoir si chacun trouvera ses marques, notamment entre Federica Mogherini (Lire : La diplomatie européenne retrouve un chef d’orchestre) et Donald Tusk. L’ancien Premier ministre polonais cherchant à prendre ses marques davantage au niveau international que ne l’était son prédécesseur.

Du côté de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a rapidement lancé son plan d’investissement à 300 milliards d’euros (lire : Le plan à 300 milliards de Jean-Claude Juncker. Comment çà marche ?). Un plan aux effets discutés ou discutables mais qui a un mérite incontestable. L’Europe n’est plus totalement focalisée aujourd’hui sur le chiffre du déficit ou de la dette de tel ou tel pays. C’est désormais la faisabilité et l’efficacité d’un tel plan.

Ce seul fait est déjà, en partie, le premier élément de réussite du plan d’investissement : changer la donne et le climat politique. Le nouveau délai donné à la France pour assurer le respect du pacte de stabilité en témoigne. La manière dont il a été obtenu comme les réactions qui ont suivi montrent qu’il y a un changement de mesure (Lire : La France échappe aux sanctions. Comment cette décision a été prise ?).

 

 

(Nicolas Gros-Verheyde)

A suivre : 2014, année des menaces… et ce n’est pas fini