L’ancien commissaire Jacques Barrot est mort. Européen de 7 à 77 ans!

L’ancien commissaire Jacques Barrot est mort. Européen de 7 à 77 ans!

En Italie, au centre de contrôle de l'espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

En Italie, au centre de contrôle de l’espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) L’ancien commissaire européen, Jacques Barrot est décédé ce matin à Paris. Victime d’un malaise dans le métro parisien, au M° Sablon à Neuilly, selon l’AFP, il n’a pu être réanimé par les secours. Il était âgé de 77 ans.

L’homme de multiples portefeuilles

Il était arrivé à la Commission européenne d’abord comme commissaire à la politique régionale, pour prendre le relais de Michel Barnier, de mars 2004 jusqu’à novembre 2004, dans la Commission Prodi, et avait été ensuite nommé au Transport dans la Commission Barroso I. En mai 2008, il change de portefeuille prenant en charge la « Justice et les Affaires intérieures », pour remplacer au pied levé Franco Frattini, retourné dans son pays pour devenir ministre des Affaires étrangères, ce jusqu’à la fin de la Commission Barroso I en février 2010 (lire : Jacques Barrot prend du galon). Un dossier qui l’avait passionné.

La Justice et les Affaires intérieures, son dernier bébé

Son dernier portfolio, la Justice et les Affaires intérieures l’avait incontestablement rempli d’espoir tant les enjeux étaient importants. « Le secteur de la justice et des affaires intérieures est dans sa période d’adolescence en train de devenir un champ européen dans sa maturité » expliquait-il alors. « On ne peut pas réussir un marché unique si on ne fait pas un espace de citoyenneté et judiciaire commun. Si on veut faire surgir, réveiller la citoyenneté européenne, il faut incontestablement passer par un espace judiciaire. »

Européen dans l’âme

Critiqué au départ pour son âge, ou son absence de linguistique anglophone, il avait su se faire sa place, et susciter à plusieurs reprises les applaudissements des parlementaires, souvent critiques par ailleurs, menant une politique résolument pro-européenne. Un engagement qui n’était pas feint. « C’est vraiment un choix personnel » expliquait-il aux journalistes lors de sa nomination en 2004. « J’avais failli être nommé commissaire sous Delors. (…) Bien sûr, cela m’oblige à couper les liens avec mon territoire de Haute Loire, auquel je suis attaché et l’Assemblée nationale. C’est rude de quitter un territoire, un territoire que j’ai pu industrialisé grâce au Feder (le Fonds régional européen). (Mais) Je vais devenir indépendant au sens européen. »

Passionné par ses dossiers

A chaque dossier nouveau, il s’impliquait avec passion, déblayant, débroussaillant, négociant au mieux de ce qu’il considérait pour l’intérêt européen. Modéré dans les attitudes, il savait parfois s’emporter, n’hésitant pas à parler franc, même très franc… Sur la politique régionale, il accusait les Néerlandais d’avoir négocié au rabais, refusant le passage à la majorité qualifiée dans le prochain traité. « Cela va m’emmerder sérieusement » dit-il alors.

Le « Non » au référendum, une douche froide

La nouvelle du « Non » au  référendum en France l’avait laissé pantois, un rien amer, mais cherchant à comprendre. « Il faudra décanter les attitudes, les comprendre. C’est indispensable » disait-il à chaud, alors. « Le message reste confus. Le non est d’abord hétéroclite. Il est ensuite très hexagonal. Il y a incontestablement une extrême sensibilité aux peurs, une difficulté à s’adapter à la mondialisation, mais aussi une certaine méprise entre mondialisation et Europe ». 

Pas dupe de certaines difficultés

Si Jacques Barrot soutenait sans ambiguïté le Traité de Lisbonne, il n’en était pas moins clairvoyant sur certaines difficultés. « Avec le président du Conseil — un organisateur — ; le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, qui est la voix de l‘Europe et a un rôle très important, le président de la Commission européenne —  qui doit donner l’impulsion —, et la présidence tournante – qui continue de jouer un rôle puisque le Conseil des Affaires générales va être présidé par la présidence tournante  —, c’est un quatuor qui va nécessiter une bonne entente et ne va pas être facile à organiser. » De plus, ajoutait-il « Il faudra une bonne entente entre le président Commission européenne et son vice-président ». Et ajoutait-il en esquisse de croquis du portugais, président de la Commission : « José-Manuel Barroso est intelligent, plein de compétences. Mais à certains moments car il est politique et habile, il peut être tenté par l’exercice solitaire du pouvoir. »

Un régulateur avant l’heure

Dans une Commission aux tonalités franchement libérales, où le maitre mot était « libéraliser et déréguler », il détonnait par ses prises de positions « sociales », pour ne pas dire gauchistes, comme il avait avoué lui-même un jour, à quelques journalistes (dont moi-même), tel un enfant savourant un bonbon interdit. « Vous savez, ici, à côté des travaillistes et autres socio-démocrates, je suis à gauche, voire très à gauche ! ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

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