En patrouille avec les gendarmes

BriefGendarmes 2014-10-18 13.44.34 (BRUXELLES2) Camp Ucatex, à Bangui, dans le 8e arrondissement, siège de la force européenne EUFOR RCA, il n’est pas loin de 13h, heure locale, ce samedi. La pluie du matin s’éloigne. Le soleil commence à taper sérieusement. C’est l’heure de l’ultime briefing avant départ pour les gendarmes, issus de la gendarmerie mobile de Satory (en région parisienne), qui terminent dans quelques jours leurs trois mois d’engagement en Centrafrique.

Cela commence par la description rapide de la patrouille, en voiture et un peu à pied, ainsi que l’itinéraire suivi. Le circuit de ces patrouilles n’est pas fixe. Il est défini chaque jour, en général la veille, en fonction de la situation sécuritaire ou des objectifs à assurer. Puis viennent les consignes particulières : vitesse de circulation – qui sera adaptée au besoin selon le terrain – les consignes de sécurité, les points « chauds » croisés.

Matériels vérifiés

Dernière chose avant de partir, la vérification du matériel. Chargeurs, radio, garrot, chaque matériel est vérifié. Chaque gendarme a son Famas en bandoulière, l’arme de poing le SIG, le classique de la dotation dans la gendarmerie, dans l’étui. Une Minimi (fusil mitrailleur  5,56 de fabrication belge) complète le tout. Un armement destiné à parer à tout incident possible. Chacun est équipé d’un gilet pare-balles. Obligatoire… y compris pour le journaliste de B2 (avec 15 kg sur le dos, et le casque, ca pèse…).

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Une patrouille à plusieurs volets

L’objet de la mission peut aussi varier. Il pourra s’agir juste d’une vérification ou la sécurisation d’itinéraires jusqu’à aller chercher un suspect (avec la police centrafricaine), en passant par le recueil de renseignements. La feuille de route, cette fois, est de se rendre dans le 5e arrondissement, à majorité plutôt chrétienne, voir la situation, quelques jours après les incidents, vérifier que les itinéraires sont dégagées. Une petite patrouille à pied dans un des quartiers du 5e pour « sentir » l’ambiance. Et, enfin, un check-point à la limite des 2 arrondissements (le 3e et le 5e) dont la force européenne assure la sécurisation.

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En route…

La plupart de la patrouille se déroulera cette fois en voiture. Les patrouilles à pied sont un peu plus rares, ces derniers jours, pour éviter tout risque d’être pris à partie. De même, les patrouilles mixtes avec les policiers ou gendarmes centrafricains sont, pour l’instant, suspendus. Les Centrafricains ne sont pas vraiment équipés pour faire face à des incidents graves, avec armes à feux. Les forces de maintien de l’ordre centrafricaines (type CRS) n’ont pas de gilets pare-balles et très peu d’armes (lire article à venir).

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Vérifier la libre circulation

Premier constat, positif. Aucun barrage sur les routes ou d’entraves dans les chemins. Cela arrive encore. Lors d’une autre patrouille, avec le général Pontiès, dimanche, nous avons eu l’occasion de nous en rendre compte. Deuxième bon signe, les motocyclettes circulent, avec parfois des clients sur le siège. Les petits marchands sont installés sur la route. Il y a peu de clients mais sans doute plus à cause de la situation économique. Un peu loin, un attroupement, pacifique, une télévision retransmet le match de la ligue européenne.

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Des maisons abandonnées

Parfois, un vide : une dalle de béton et quelques pierres. A ces endroits, s’élevaient des maisons. Elles ont été « détruites lors des évènements de décembre », m’explique un gendarme. Et, les habitants ne sont pas revenus. Pour l’instant, il ne reste d’ailleurs souvent plus rien, à part un peu de béton et l’herbe qui repousse. Le toit (en tôle), les pierres, le bois ont été récupérés.

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Une population juste distante

Il y a peu de gestes spécifiques, un peu d’indifférence, des regards d’interrogation, des saluts, parfois plus rarement un doigt pointé. Pour les enfants, c’est toujours une curiosité. Ils viennent saluer, tout sourire. Le reste de la  population vaque à ses activités, devant sa maison, circule à pied pour rejoindre un point à l’autre sa destination. Mais il n’y a pas vraiment foule dans la rue. La patrouille à pied permet de s’en rendre compte. La population n’est pas hostile. Il y a des sourires, prudents. On peut parler avec un des habitants. Mais une certaine distance.

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Précautions d’usage

A proximité des limites de districts (près du 3e), les véhicules se rangent, deux par deux, en quinquonce pour mettre en place le check point. La mitrailleuse « minimi » est mis en position pour tenir l’avenue. Un ou deux gendarmes sont en retrait. « On reste méfiant » explique le chef de la patrouille.

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« Gendarmerie européenne : pouvez-vous ouvrir votre coffre »

Les véhicules sont stoppés de manière similaire à ce qui se passe en métropole. Seul le message change après le salut : « Gendarmerie européenne » ! Mais la question, ici n’est pas de savoir si les papiers sont en règle. « Personne n’a vraiment de papier en règle » ou de savoir si les règles de conduite sont respectées. Les motos avec 3 passagers ne sont pas rares. « Nous en avons même trouvé avec 6 passagers ». Ce qui intéresse les gendarmes, c’est la présence d’armes : fusils AK47, balles, grenades. Les conducteurs de véhicules sont priés d’ouvrir leur coffre, leur boite à gant et tous les endroits où pourraient se nicher des armes ou grenades. Les conducteurs de motocyclettes n’échappent pas au contrôle. « Les caches préférées sont sous le siège. (…) Nos prédécesseurs en trouvaient régulièrement lorsqu’ils procédaient aux opérations de désarmement. Aujourd’hui, c’est plus rare », reconnait mon accompagnateur. « Ceux qui ont des armes les ont soigneusement planquées pour pouvoir s’en servir éventuellement » et évitent de se balader avec. « On ne trouve des armes que sur information ». Malgré tout la méfiance est de rigueur. Les EUFOR ont été avertis qu’après les incidents de mercredi (15 octobre), les AB  (= Anti-Balakas) cherchaient à se venger.

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Situation volatile,

On rembarque. Mission terminée pour aujourd’hui. La prudence reste de mise. La situation est très volatile en effet. Je peux le constater par moi-même. La radio crache. Tir dans le 3e arrondissement. Non loin de là. Les gendarmes restent en éveil. Mais sans plus… Ce type de tirs arrive régulièrement. Ce peut être tout « simplement un jeune qui essaie son arme » ou « un tir en l’air. Cela arrive souvent ». Mais aussi un incident plus important. La difficulté, c’est qu’il n’y a « aucun incident qui ressemble à un autre » me racontera un militaire plus tard. Parfois c’est un « règlement de comptes entre truands ». Parfois ce sont des rixes entre communautés ou voisins. Plus rarement, c’est un coup dirigé contre les forces internationales. Le 20 août c’était le cas, raconte un gendarme « un véritable guet-apens, une embuscade faite pour tuer ». Les Européens ont d’ailleurs été prévenus de possibles actions dirigées contre la force internationale. D’où des précautions redoublées ces derniers jours…

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bangui)