Juncker en manoeuvre PsyOps

Juncker en manoeuvre PsyOps

J.C. Juncker sait où il veut arriver mais tisse le brouillard (crédit : forwallpaper.com)

J.C. Juncker sait où il veut arriver mais tisse le brouillard (crédit : forwallpaper.com)

(BRUXELLES2) En terme militaire, cela s’appelle du « PsyOps », de la guerre psychologique, ou dans la bonne vieille guerre navale, un « rideau de fumée ».

L’équipe du président de la Commission européenne « Juncker » excelle dans ces manoeuvres destinés à masquer les mouvements du mouvement, distillant confidences ou non, informations vraies ou fausses, rythmant l’attente et respectant un calendrier, « son » calendrier. C’est ce qu’il a fait durant sa campagne pour accéder à son poste à la tête de l’exécutif européen. Et c’est ce qu’il pratique encore, pour la répartition des portfolios de la Commission qui devrait connaître son épilogue ce mercredi normalement (avec une conférence de presse JC Juncker à Bruxelles prévue à midi).

Le chef de cabinet du futur président de la Commission, Martin Selmayr, connait d’ailleurs bien les attitudes de la presse, comme des responsables politiques à Bruxelles, pour avoir été tour à tour porte-parole et chef de cabinet (de Viviane Reding). Il sait utiliser le temps pour tisser un fil protecteur et donner ainsi à son patron le plus de marges possibles pour décider ce qu’il veut (ou ce qu’il peut).

On a vu ainsi, ces derniers temps, apparaître toute une série d’organigrammes sur la prochaine Commission, « révélés » d’abord par le Financial Times puis Euractiv. Certains contenaient de « vraies » informations,  d’autres moins. M. Selmayr allait de ses propres commentaires, promettant « une surprise » pour (ce) mercredi ou jeudi. Et le doute s’est instillé, au point que ce qui était sûr hier, n’est plus sûr aujourd’hui. Personne n’ose plus se livrer au petit jeu des pronostics, de qui occupera quel portfolio. Le brouillard est total. Et Juncker a ainsi gagné ce qu’il voulait… une marge de manoeuvre de plus.

L’objectif de l’ancien Premier ministre Luxembourgeois est, en effet, de regagner le terrain perdu ces dernières années pour redonner à la Commission européenne sa place au centre du jeu européen, reprendre des marges de décision. Le « tenancier » de la boutique européenne aujourd’hui, José-Manuel Barroso, tout à la volonté d’apparaître comme le plus en cour, n’a souvent eu comme résultat que d’apparaître comme le « commis d’office » des Etats membres. Barroso ne cachait d’ailleurs pas cette ambition. « La Commission est au service des Etats membres » avait-il indiqué dès ses premiers mois. Ce n’était pas quelques mots. C’était le sens de la politique poursuivie. Mais cela a eu un prix. Loin de regagner en capacité d’attraction, en pouvoir amical, la Commission a perdu ce qui faisait sa force, sa capacité et ses marges de décision, le sens de l’initiative.

Sur ce point, la nomination de Donald Tusk est pour Juncker une « aubaine ». Non membre de la Zone Euro, le Premier ministre Polonais devra se reposer pour la conduite de la politique économique… sur la Commission. Habilement le Luxembourgeois entend d’ailleurs ne pas occuper non plus trop le terrain de la représentation extérieure, en laissant sa future haute représentante, Federica Mogherini, assurer le « job ». La politique étrangère reste de toute façon – qu’on le veuille ou non – une prérogative des Etats membres, à tout le moins une compétence partagée entre l’Union européenne et les « 28 » Etats. Et un président de la Commission a de multiples tâches à gérer pour tenter de « grignoter » cette compétence.

Si ce redécoupage des fonctions est effectif, que la Commission européenne retrouve un peu de son lustre perdu, on pourrait avoir dans les mois prochains un dispositif européen sans doute un peu plus lisible pour le citoyen et plus efficace. C’est à cette aune que l’on peut apprécier, à leur juste valeur, les opérations « PsyOps » de l’équipe Juncker…

(Nicolas Gros-Verheyde)