Américains, Britanniques et Français font du largage humanitaire… et un peu plus ? sur Amerli

Le cockpitt d'un des avions français en cours de largage (crédit : Etat major des armées FR)
Le cockpitt d’un des avions français en cours de largage (crédit : Etat major des armées FR)

(BRUXELLES2) Plusieurs avions C160 français, C130 et C17 américains, britanniques et australiens ont effectué, dans la nuit de samedi à dimanche, une opération conjointe de largage d’aide humanitaire près de Amerli/Amirli au nord de l’Irak, apprend-on de différentes sources.

2 Transall français basés provisoirement aux Emirats arabes unis

Cette ville, située à l’est de Tikrit et seulement 170 km au nord de Bagdad, est assiégée par des éléments de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL / ISIL) depuis près de deux mois, « prenant au piège plus de 12 000 réfugiés » explique-t-on de source militaire. Des « des chiites turkmènes » notamment. Deux C-160 Transall ont été mobilisés pour parachuter 3 tonnes de fret humanitaire, dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 août 2014, annonce l’Etat-Major des armées. Pour faciliter l’opération, les 2 avions provenant des escadrons « Anjou » et « Béarn », ainsi qu’un détachement de l’armée de Terre spécialisé dans les missions d’aérolarguage, composé d’éléments du 1er RTP (1er régiment du train parachutiste), avaient été déployés au préalable aux Emirats arabes unis. Cette décision, prise par le Chef d’Etat major des armées (CEMA) « a permis d’élargir le panel des actions susceptibles d’être conduites par les armées françaises pour venir en aide aux populations en situation de détresse humanitaire dans l’ensemble du nord irakien » explique-t-on du côté du CEMA. La France y dispose, depuis 2008, d’une base aérienne (la base 104) à Al Dhafra, qui est tout de même à près de 2000 km de Amerli.

Américains, Britanniques et Australiens

Les Français n’étaient pas seuls. A vrai dire l’opération était combinée entre alliés. Deux C-17 et deux C-130s américains ont ainsi largué 109 lots de nécessaire humanitaire, dont 10.500 gallons d’eau (= 40.000 litres) et environ 7000 rations alimentaires. Deux C-130 britanniques ont effectué une mission identique, permettant de « droper » 11,5 tonnes de nourriture et d’eau, dont 420 jerrycans contenant 8000 litres d’eau, a annoncé le ministère britannique du Développement. Pour la ministre britannique, Justine Greening, la situation au nord de l’Irak reste complètement horrible avec des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants irakiens qui souffrent aux mains des terroristes de l’ISIL (EIIL). Les Britanniques ont d’ailleurs envoyé – depuis le début de l’opération – 8 rotations d’avions chargés d’aide vers Erbil la capitale du Kurdistan irakien et 7 opérations de dropage aérien sur le Mont Sinjar.

Frappes aériennes en Irak contre des Humvees (US?) de l’ISIL…

En parallèle, les avions américains ont mené, dans la nuit de samedi (0h30 UTC, 3h30 du matin h. Bagdad), trois frappes aériennes contre les forces de l’EIIL « afin de soutenir l’opération d’assistance humanitaire » a déclaré le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby, « à la demande du gouvernement en Irak ». « Les opérations ont été limitées dans leur objectif et dans la durée au strict nécessaire pour résoudre la crise humanitaire émergente et protéger les civils pris au piège dans Amirli (Amerli) » explique-t-il. « Les militaires américains vont continuer d’évaluer l’efficacité de telles opérations (…) pour fournir l’assistance humanitaire en Irak ». Selon les données communiquées par le commandement central US à Tampa, les frappes auraient détruit 3 Humvees de l’ISIL — des véhicules de fabrication américaines sans doute pris à l’armée irakienne —, ainsi qu’un véhicule armé, un checkpoint et un tank de l’ISIL. « Tous les avions sont sortis sains et saufs de la zone » précise le communiqué du CentCom. On apprenait dimanche, par les dépêches d’agence que les forces de sécurité irakiennes avaient réussi à briser le siège de Amerli.

  • NB : Le mot assistance humanitaire est ici un peu galvaudé. Certes, depuis le début des opérations, les Américains ont mené un total de 118 frappes aériennes. Ce qui est, somme toute, assez modeste. Mais c’est une réelle opération militaire qui est engagée. Certes il s’agit de venir au secours de populations assiégées. Mais le « volet » humanitaire n’est qu’un petit « volet » de l’opération, l’essentiel est de desserrer l’étau autour des Kurdes et du gouvernement central en Irak, de faire reculer les forces de l’EIIL – considéré aujourd’hui comme le « pire » ennemi de la communauté internationale. Pour cela, la bonne technique de la prise en tenaille se met en place.

… et plan d’action en Syrie

Le président américain Barack Obama a d’ailleurs demandé au Pentagone, très publiquement, jeudi (28 août), de lui présenter « plusieurs options pour limiter la présence de l’EIIL en Syrie ».  Des options déjà planifiées par l’état-major américain comme l’a avoué son porte-parole. « Je ne dirais pas toute la vérité si je vous disais que nous n’avions pas pensé à ce sujet avant hier » a confié le rear-admiral John Kirby à la presse. « Bien sûr que nous l’avons fait. Et c’est de cela que nous avons parlé (avec le président). Pour autant le Pentagone n’est pas encore au point où les plans sont assez mûrs pour avoir une discussion avec le commandant en chef des armées (alias Obama) » a-t-il complété. Et d’ajouter cependant : « Les options en Syrie ne sont pas limitées au militaire. Il n’y aura pas de solution militaire ici face à la menace posée par l’ISIL. (…) Contenir et éliminer le groupe terroriste va nécessiter tous les éléments de la puissance nationale »… En attendant, sur le front irakien, « les opérations vont se poursuivre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).