Incidents à Bangui. Une certaine lenteur à confirmer. Quelques explications

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A Bangui, soldats du GTIA « Gris » – Crédit : Armée française

(BRUXELLES2) L’Union européenne – par la voix du Service diplomatique européen (SEAE) et du général Ponties – comme l’Etat-Major (français) des armées ont mis près de 24 heures à confirmer les informations en provenance du terrain faisant état de violents heurts entre des hommes armés et les forces européennes d’EUFOR RCA et françaises de Sangaris, faisant une douzaine de blessés dans les rangs des soldats français (lire, papier mis à jour : Violents incidents à Bangui. Plusieurs blessés chez EUFOR RCA et Sangaris).

On peut se demander pourquoi ?

Il serait vain de chercher des raisons de cette « lenteur » quelque part à Bruxelles ou à Larissa, le quartier-général de la mission EUFOR Rca. La raison de cette lenteur est plutôt à chercher du côté de Paris. Il y a, en effet, une coutume, lors des opérations multinationales, d’assurer la communication des incidents ou des pertes en étroite coordination avec l’Etat d’origine des militaires victimes d’évènements, en laissant (le plus généralement) celui assurer tant la primeur de l’annonce que son format. Les opérations militaires de l’UE ne dérogent pas à cette règle non écrite. Une opération militaire de l’UE reste, en effet, toujours une opération multinationale à la différence des missions civiles qui ressortent davantage d’éléments et d’une discipline européenne.

Avertir les familles…

Sur les derniers incidents de Bangui, la volonté de Paris de ne pas communiquer immédiatement tient avant tout à ce que « les familles soient averties » ainsi qu’en a expliqué un des responsables militaires. Raison louable mais qui recouvre aussi plusieurs autres éléments, dont l’un à teneur tactique et l’autre à teneur plus politique.

S’assurer du bilan exact et rapatrier les plus graves

D’une part, l’état des blessés (graves) a oscillé. Notamment, l’un des militaires blessés était, dans un état « très grave » selon des sources militaires. Et il fallait attendre d’être fixé plus clairement sur son état avant de communiquer. La communication a ainsi intervenue quand les plus sérieux atteints ont été évacués, rapatriés et soignés dans les hôpitaux en métropole.

Ne pas mettre en défaut la parole présidentielle

D’autre part, cet évènement vient cruellement démentir les propos du président français, François Hollande qui, dans Le Monde publié le 21 août, se réjouissait justement d’en avoir terminé avec les « grosses opérations » en Centrafrique, faisant ainsi penser à une possible une accalmie en Rép. centrafricaine (*). D’où une communication plutôt « mezzo vocce » de Paris : pas de communiqué à la presse du ministère de la Défense (comme c’est plutôt l’usage) mais une simple information des armées parue sur son site internet et facebook, et aucune communication de l’Elysée…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) « En Centrafrique, (…) c’est plus long que prévu, mais nous en avons terminé avec les plus grosses opérations et nous avons préparé une transition »