Vodka, Ouzo, Rakia ou Limoncello. Une question de dosage pour le nouveau cocktail européen

(BRUXELLES2) C’est un texte, de quelques lignes, figurant dans la longue liste des déclarations annexées au Traité. Elle porte le numéro 6 et – pour ceux qui ont assisté ou se rappellent des débats préludant à l’adoption du Traité de Lisbonne – avait été adoptée après une certaine bataille d’influence menée notamment par la Pologne et quelques nouveaux Etats membres pour obtenir leur place au firmament européen.

Aujourd’hui, un peu, oubliée, elle retrouve lors de ce long sommet européen préludant à un nouveau choix de personnalités européennes, un certain lustre.

« Le choix des personnes appelées à occuper les fonctions de président du Conseil européen, de président de la Commission et de haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité devra tenir dûment compte de la nécessité de respecter la diversité géographique et démographique de l’Union ainsi que de ses États membres. »

Le nouveau « trio de tête » de l’Union européenne devra donc être l’expression de cet équilibre subtil. Le président de la Commission, étant déjà choisi, il ne reste que deux autres postes — président du Conseil européen, Haut représentant de l’UE — pour assurer cet équilibre. Autrement dit, il parait difficile de se mettre d’accord sur un seul des deux postes restants (contrairement à ce que soutiennent certains observateurs assez avisés de la question européenne).

Grand, petit, ancien, nouveau, droite, gauche, sud, est, femme, homme …

Le président de la Commission, JC Juncker, représente  un « petit pays », du « centre-ouest de l’Europe » et « ancien Etat membre ».

Reste pour les deux autres postes à choisir un représentant d’un « grand pays » et celui d’un « moyen pays » ; d’un pays de « l’Est » et d’un pays du « Sud » ; et au moins un nouvel Etat membre. A cela il faut ajouter l’équilibre politique (au moins un social-démocrate) et l’équilibre hommes-femmes (au moins une femme).

Secouez, checkez, et n’oubliez pas qu’il faut l’accord unanime ou presque des « 28 » sur les 2 personnalités choisies (ainsi que de Jean-Claude Juncker pour le Haut représentant). Vous pouvez donc avoir une idée de la raison pour lesquelles les discussions se prolongent aussi longtemps … et pourquoi les « 28 ont choisi de se revoir finalement à la fin de l’été (le 30 août) … le temps de trouver la dose subtile de ce nouveau cocktail européen qui restera à déguster, ensuite, durant ces 5 prochaines années !

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Mis à jour Jeudi dans la nuit)