Les techniques des passeurs, l’autre leçon de « Mare nostrum » ?

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(BRUXELLES2) Les Italiens, notamment depuis l’opération Mare Nostrum, ont acquis une certaine expérience en matière de détection des navires suspects, des différentes méthodes employées comme de l’importance du renseignement ou du croisement des informations. On pourrait quasiment en tirer un guide du « bon » policier en mer. Voici quelques informations « glanées » auprès des officiers supérieurs de la marine italienne lors de mon passage à Rome…

1ère leçon : surveiller la Mer

Comment distinguer dans cette fourmilière de bateau qui circule en Méditerranée, celui qui pêche innocemment ou transite pour amener sa cargaison et les quelques trafiquants et organisateurs en tous genres. C’est simple… il faut observer et… observer. « Nous devons en permanence être en mesure d’assurer la surveillance de la mer, avec des avions de patrouille maritime, des radars, etc » témoigne cet officier supérieur. « C’est un travail difficile pour avoir une vue complète de tous les navires qui circulent, notamment pour avoir la composition ou la nature de leur navire. Il y a des échanges d’information, qui se font à travers ce centre, venant des données du trafic commercial, mais aussi des différents senseurs de la marine (gardes-côtes, avions, unités de la marine maritime) ou également des sources de renseignement ».

2e leçon : repérer les « anomalies », distinguer le vrai bateau de pêche du faux

Ensuite il faut repérer ce qui est anormal. Le système permet ainsi « de détecter dans l’ensemble des navires celui qui présente une anomalie, qui ne suit pas la route prévue, change ses données ou sa route, ou éteint son système SIS. Et on enquête alors sur ce navire. » Dans les bateaux de pêche, aussi, on peut distinguer les vrais des faux. « Un bateau de pêche quand il pêche, a des filets, et est fixe. On voit des différences nettes entre un usage normal et un autre usage. Si on utilise les cales pour des poissons morts ou des vies humaines, il y a des différences dans la signature thermique, et on peut ainsi repérer une anomalie. »

3e leçon : coopérer, un peu, quand c’est possible avec les Libyens…

C’est un des pays avec qui l’Italie « échange le plus d’informations sur les navires. Mais la réalité est que l’organisation en Libye pour la surveillance des côtes ou la connaissance des bateaux qui partent ou circulent, n’est pas la meilleure. La coopération avec la marine libyenne existe. Quand ils peuvent, ils envoient des officiers à bord de nos navires. Mais c’est le (seul) et plus important résultat qu’on ait pu obtenir » explique un officier.

4e leçon : Bien connaitre les fondamentaux des passeurs

Les migrants viennent « de Libye, des ports les plus proches de la Sicile — Tripoli, Zuwara et Garabulli (Castelverde) — ou plus éloignés — Benghazi et Aldabiya — mais aussi d’Egypte, d’Alexandrie essentiellement ». La technique « diffère selon la distance. Quant elle n’est pas grande, il y a un seul navire, un petit bateau chargé de migrants. Quand c’est plus loin, d’Egypte, en général, les migrants sont chargés dans une barge remorquée par un bateau-mère jusqu’à être assez proche de la côte ». Au large de la Crète, ou plus proche, « le bateau-mère détache sa remarque et fait demi-tour ». En tout 388 navires ont été secourus, soit une moyenne d’un peu moins de 200 personnes par navire. Mais parfois c’est davantage. Certains bateaux sont chargés à bloc.

5e leçon : saisir l’économie de la migration illégale : 1ère, 2e ou 3e classe ?

Les migrants « paient entre 1000 et 1500 euros » pour la traversée. « C’est du commerce, comme un bateau ordinaire. Plus vous payez, plus vous avez des chance d’arriver sain et sauf, et de naviguer en meilleure condition ». Certains navires ne proviennent pas d’Egypte ou de Libye, ou du moins pas directement « On a pu voir aussi quelques fast boat venant de Grèce, de Corfou, avec 3 gros moteurs, très rapides, Il y avait quelques migrants à bord, en comparaison. »

Du terrorisme : un peu

« Nous avons trouvé certains terroristes. Mais ce n’est pas tous les jours. Tous les migrants ne sont pas des terroristes. » précise cet officier.

(Nicolas Gros-Verheyde – au QG de la marine, à Rome)

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