Marine Le Pen sans groupe à Strasbourg. Perdante par incompétence ?

Marine Le Pen sans groupe à Strasbourg. Perdante par incompétence ?

La dirigeante du Front National, Marine Le Pen, n’aura pas lors de cette rentrée politique du Parlement européen de groupe politique. Pourquoi ?

Marine Le Pen annonce le ralliement de 4 partis pour former un groupe, les 2 autres n'arriveront pas (crédit : Parlement européen, mai 2014)

Marine Le Pen annonce le ralliement de 4 partis pour former un groupe, les 2 autres n’arriveront pas (crédit : Parlement européen, mai 2014)

(BRUXELLES2) C’est une véritable gifle (la première ?) pour Marine Le Pen. La fille de Jean-Marie va arriver ce mardi (1er juillet) au Parlement européen à Strasbourg pour s’asseoir parmi les Non-Inscrits et non dans un groupe autonome comme elle l’espérait.

Malgré sa victoire en France, incontestée, elle reste au Parlement européen la seule dirigeante d’une force politique notable (plus de vingt députés) à siéger aussi anonymement. Davantage qu’une non-réussite, c’est un échec patent. Un échec qui n’est pas dû à la situation politique mais aussi un peu à elle-même.

Constituer un groupe était, en effet, vraiment à portée de main pour le Front national. Les élections européennes de mai 2014 ont en effet été marquées par l’irruption d’une série de nouveaux partis, de nouveaux élus, à l’idéologie incertaine et non rattachés aux grands groupes politiques européens. La plupart d’entre eux, surfant sur la crise économique et politique, sont d’ailleurs marqués par un certain populisme, un euroscepticisme voire une europhobie aussi affirmée.

L’échec de la constitution d’un tel groupe est plutôt à rechercher dans trois facteurs, les deux premiers sont politiques, le dernier est professionnel. La dirigeante du FN ne peut, en effet, accuser les règles du Parlement européen qui sont assez justes (25 députés sur 751 et 7 nationalités sur 28 parait assez logique).

D’une part, si tous ces élus sont d’accord pour taper sur l’Europe, la plupart de ces partis divergent sur leur contre-proposition car ils veulent avant tout défendre leur « nation ». Peu de choses les rassemblent sinon la haine de « l’ailleurs » ou de « l’autre ». Difficile de bâtir ainsi en commun. Un nationaliste britannique veut mettre les travailleurs polonais à la porte. Les Polonais ne veulent pas des Russes que les Français adorent, etc.

D’autre part, la tentative de « dédiabolisation » du Front, si elle a payé aux élections françaises, ne semble pas avoir vraiment convaincu ses partenaires européens. La dernière sortie de Jean-Marie Le Pen.

Mais enfin, et surtout, Marine Le Pen démontre une certaine incompétence politique doublée d’une confiance en soi exorbitante. Elle pâtit notamment de sa nette méconnaissance à la fois de la classe politique européenne comme du fonctionnement du Parlement européen. Durant les dernières années, le Front national a été très peu présent au plan européen, à part lors des plénières à Strasbourg. Il y a joué un faible rôle, dans la réalité du travail européen (rapports, résolutions, commissions, etc.). Il a peu travaillé et donc peu appris. Marine Le Pen paie aujourd’hui « cash » ce dilettantisme et ce manque de sérieux.

Des groupes plus expérimentés comme l’EFD de Nigel Farage et surtout celui celui emmené par les conservateurs britanniques (ECR) – beaucoup plus assidu aux séances – ont tiré plus habilement leur épingle du jeu.

Les démocrates devraient cependant ne pas se réjouir trop vite. L’éparpillement du parlement comme la montée d’un euroscepticisme que l’exécutif européen semble favoriser parfois pourrait bien permettre à la dirigeante du FN de réussir son pari, d’ici la fin de la législature…

(Nicolas Gros-Verheyde)