La "femme en bleu" rend hommage aux divers intervenants sur les inondations dans les balkans (crédit : Commission européenne)
La « femme en bleu » rend hommage aux divers intervenants sur les inondations dans les balkans (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Le choix du prochain Haut représentant sera déterminant pour l’avenir de la politique étrangère européenne. Après la période « Catherine Ashton » — qui n’a pas été marquée par le désastre annoncé mais n’a pas non plus été le brio espéré et nécessaire —, toute erreur serait préjudiciable.

A un moment où le monde est plus que jamais bousculé, et les Etats européens affaiblis par des années de crise économique et politique, l’Europe n’a pas droit à l’erreur. Il va falloir choisir une personnalité qui ne mettra pas deux ans 1/2 à comprendre la mécanique européenne, à comprendre certains éléments clés de la politique étrangère et dont le carnet d’adresses est à jour.

Ne tombons pas dans la valse des prétendants, cités ou « citables ». Beaucoup sont intéressés, peu ont toutes les qualités. S’il y avait un choix, ce pourrait être Kristalina Georgieva. Nous l’avions très tôt mis, à B2, dans la liste des possibles ou probables. Aujourd’hui, son nom est de plus en plus souvent cité chez quelques responsables politiques ou dans les médias. A juste titre. Tout simplement, car elle remplit la plupart des critères.

Kristalina Georgieva a l’avantage d’être modeste dans son approche mais déterminée. C’est la première qualité d’un Haut représentant. Contrairement à ce que pensent souvent certains observateurs, on n’a pas besoin d’un « fort en gueule » à la tête de la diplomatie européenne. Mais de quelqu’un qui connaisse ses dossiers, ne brise pas l’ego (un peu démesuré parfois de quelques personnalités autour de la table des ministres), sache les mener au bout en jouant de toute la finesse de la négociation.

Son expérience antérieure au niveau international – à la Banque mondiale – lui a appris une certaine rigueur et que derrière les mots, il y a des chiffres, derrière la diplomatie il y a l’économie. A son poste européen, comme commissaire chargée de l’Aide humanitaire, de la Protection civile et de la réponse de crises, elle a appris que l’action de force ne suffit pas mais que l’aide humanitaire sans un minimum de sécurité ne suffit pas non plus.

Elle n’a pas une aversion pour la politique européenne de défense (PeSDC). Georgieva en connait simplement les limites. Elle a ainsi défendu mordicus l’opération EUFOR RCA, l’estimant totalement nécessaire. Elle n’était pas chaude du tout (un euphémisme) pour l’opération EUFOR Libya qui mêlait militaires et humanitaires.

Une expérience opérationnelle

Elle a ainsi l’avantage d’arriver avec un « bon carnet d’adresses », à jour… Dans ce portefeuille, elle a parcouru le monde et ses zones de crise (Balkans, Jordanie, Liban, Philippines, RCA, Soudan, Côte d’ivoire…). Ce qui lui a permis de connaitre nombre de responsables politiques dans plusieurs pays de la planète — des dirigeants mais aussi des opposants de la société civile. Ce qui lui donne une surface de connaissance des différents pays notables. Elle s’est notamment beaucoup impliquée sur le dossier centrafricain, se rendant à Bangui plusieurs fois ces derniers mois, comme sur le dossier syrien, participant à plusieurs conférences de donateurs.

Ses 5 années de commissaire européenne l’ont amené aussi à se frotter à la mécanique législative et communautaire, à la Commission comme au Parlement. Elle a dû y défendre des dossiers qui n’étaient pas acquis d’avance, comme le renforcement du mécanisme européen de protection civile. Sachant négocier sur les détails, ne pas lâcher sur l’essentiel.

Pour avoir suivi régulièrement son parcours – B2 a réalisé plusieurs entretiens ou interviews avec elle -, on peut voir qu’elle a l’esprit clair. Interrogez-là vous verrez, elle vous sortira sa règle de trois : « il y a trois éléments principaux » est sa phrase favorite. Cela a le mérite de clarifier la situation. Elle n’éludera jamais certaines questions. Mais n’essayez pas de la faire dévier de ce qu’elle a envie de vous dire, ou de lui faire dire ce qu’elle ne veut pas vous dire, vous n’y arrivez pas.

Un point d’équilibre

Venant d’un moyen pays, de l’est de l’Europe, située au bord de la mer noire, aux confluents de la Méditerranée et de l’Est, elle peut être le syncrétisme de ce que doit être la politique européenne, tournée à la fois vers le Sud et l’Est, sans oublier les horizons plus lointains. En tant que femme, elle compléterait aussi l’équipe, pas trop masculine actuellement, à la Commission européenne.

Elle n’est pas marquée spécifiquement politiquement même si elle est plutôt apparentée au camp chrétien-démocrate que social-démocrate. Ce qui ne l’a pas empêché de nouer d’excellents liens, à droite comme à gauche et dans plusieurs Etats membres, à Berlin et à Paris, comme à Madrid ou à Rome.

Elle parle anglais parfaitement (ce qui n’est pas le cas de tous), allemand et russe (ce qui est rare) et a tenu sa promesse d’apprendre le français (deux choses qui deviennent rares, tenir sa promesse et parler le français :-)).

Point indéniable, il est quasi-impossible de trouver un responsable, un observateur qui en dise du mal. Chacun, au contraire, salue celle qui est considérée comme une des « réussites » de la commission Barroso II (*). Dans un milieu impitoyable, où avoir la dent dure, voire mesquine est une tradition, un sport national, c’est plutôt notable…

Parmi les prétendants en lice, on voit que la Bulgare part avec quelques (nombreux) avantages. Et surtout un à mon goût. Elle est immédiatement opérationnelle. et pourra ainsi assurer « en douceur » la transition des dossiers avec Catherine Asthon. Une qualité que n’a, pour l’instant, aucun prétendant déclaré.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Avec notamment le roumain Dacian Ciolos, le français Michel Barnier, la suédoise Cecilia Malmström, dans cette tête du peloton.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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