EUFOR RCA. Les critères de réussite du Général Pontiès

La mission européenne de maintien de la paix en République centrafricaine (EUFOR RCA) a six mois pour rétablir la sécurité et résorber la circulation des armes. Mais quels seront les critères de son succès ?

Patrouille du contingent estonien de l'EUFOR dans Bangui
VAB d’EUFOR RCA « sur le terrain » (Crédit : EUFOR RCA)

(BRUXELLES2) Quels sont les critères de réussite pour la mission EUFOR RCA pour les six prochains mois ? Le général Philippe Pontiès, commandant de l’opération, en voit trois. « Si en fin de mandat, nous avons pu accroître les forces de la MISCA et de Sangaris, enclencher un retour durable des humanitaires dans le secteur et appuyer les autres opérations, j’estime que la mission aura été remplie » a-t-il déclaré, en conférence de presse, mercredi (18 juin).

Des motifs de réjouissances malgré tout…

On n’en est pas encore là ! Le général fait en effet preuve d’une joie plutôt mesurée. « Je me réjouis de la rapidité avec laquelle EUFOR a atteint sa pleine capacité opérationnelle »  affirme-t-il. En dépit de plusieurs difficultés : « un certain nombre de contrats en matière de logement et de système d’information, une capacité de soutien inexistant, la difficulté de ne faire qu’avec la voie aérienne, la situation sécuritaire à laquelle les soldats ont à à faire sur place ». 

Une situation sécuritaire alarmante sur les 3 zones

La situation sécuritaire sur les trois zones d’actions d’EUFOR — l’aéroport de Bangui, l’ancienne usine dite UCATEX et l’école de police — est « alarmante ». L’aéroport est une « zone de transit et de contact », selon le Haut gradé militaire. « Le coin sud-ouest de l’aéroport fait partie de la mouvance anti-balakas.

A l’est, la majorité de la population est musulmane. » Autre zone de transit, le camp de M’Poko. « Il y passe de nombreux flux qui mériterait d’être mieux contrôlés, ne serait-ce que pour améliorer la situation sécuritaire des personnes déplacées ». Le 3e arrondissement et le 5e arrondissement – l’un plutôt musulman, l’autre plutôt chrétien – concentrent les tensions.

Face à cette situation, EUFOR dispose de deux composantes, une unité de forces spéciales « dédiée aux renseignements d’origine humanitaire et à la reconnaissance des zones » et une unité de gendarmes. « Elles ont débuté leurs patrouilles dans le 5e arrondissement de la ville ». Et ce n’est que le commencement. « Si cela se passe bien, ils font des projets similaires dans le 3e arrondissement ». 

Un soutien nécessaire

Les attentes sont fortes. « Cette mission a une très haute valeur symbolique et psychologique » rappelle le commandant. Le déploiement visible et robuste de la mission dans le troisième arrondissement est même « vital ». Car la population est « excédée par le niveau récurrent d’insécurité et la circulation des armes ». « Un niveau d’insupportabilité a été atteint ». La mission est donc attendue au tournant. « Mais encore faut-il que tout le monde s’y mette et qu’on nous aide » affirme le général. Les soldats n’ont jusqu’ici pas fait « l’usage de leur armes ». Mais celui-ci restepermis par le chapitre 7 de la résolution des Nations-Unies.

Des projets pilotes en attente ?

 « Une approche globale est la seule à même de rétablir la confiance dans le camp de M’Poko » indique le responsable militaire. « Avec les ONG, au delà de l’analyse humanitaire, nous partageons la voie à suivre dans ces zones. Nous sommes parfaitement coordonnées avec les différents services pour la réhabilitation des infrastructures urbaines et des projets pilotes de réconciliation par le travail ». D’autres projets communs sont prévus pour accroitre la mobilité de la population et son accès au commerce, aux soins, à l’éducation et au cimetière. Des projets pilotes menés par la mission sont également en cours pour fournir « des équipements de détection » et identifier des personnes suspectes sur le terrain.Mais la réalisation de ces projets se heurtent à l’enjeu sécuritaire. Les humanitaires ont « les fonds » pour les projets, mais ne peuvent les mettre en oeuvre. « Les ONG ont déclarés que si elles sentaient que le niveau de sécurité était suffisamment fort, ils commenceront leurs projets ».

(Loreline Merelle)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).