Au quartier général de EUFOR RCA (Centrafrique)… à Larissa

L'entrée du quartier général de Larissa (© NGV /B2)
L’entrée du quartier général de Larissa (© NGV /B2)

(BRUXELLES2 à Larissa) Le quartier général de l’opération EUFOR RCA, a pris son siège au camp Nikolaou Plastira de Larissa (en Grèce), où est établie la 1ère armée grecque, non loin de la base aérienne militaire.

Au fond d’une cuvette

Nous sommes à trois bonnes heures de route de Athènes, 1h30 de Thessalonique. Et Larissa est située dans une vaste plaine agricole, bordée au loin de collines. Une vraie cuvette. Autant dire que même en mai, aux pleines heures de la journée, le soleil tape dur. L’été c’est pire, me dit un habitué. Et dans cette vaste zone, coupée de la mer, par une petite colline, peu de vent pour rafraîchir. Résultat : la chaleur écrasante l’été, avec une certaine humidité qui remonte des cours d’eau… « Taux d’humidité en moins, on n’est pas très loin de ce qu’on rencontre en Rép. Centrafricaine » plaisante un officier. Inconfort, en moins, pourrait-on ajouter.

17 nationalités

Ici officient 128 personnels de différentes nationalités (17 au total). Les principales nations présentes sur le théâtre sont représentées : on trouve ainsi des Français, des Espagnols, des Allemands, des Géorgiens, des Polonais, des Finlandais, des Italiens… Mais aussi tous les Etats qui n’ont pas pu, ou pas jugé bon, d’envoyer des troupes sur le terrain (Britanniques, …). L’essentiel du dispositif est « armé » par les Grecs de la 1ère armée (environ une cinquantaine). Le chef d’Etat-major étant lui-même grec, le général Drissa.

Chaque élément a son bureau

A l’intérieur du bâtiment de commandement, situé sur deux étages, une succession de bureaux. Nous ne sommes pas ici dans le concept choisi par les Britanniques à Northwood d’une grande salle de commandement avec 2 – 3 autres salles de repli ; ni du dispositif choisi par les Français pour leur CPCO, en sous-sol. On respire le soleil. Et chaque élément du commandement – du J2 (renseignement) au J4 (logistique) ou  J5 (planification) ou au J7 (entrainement et retour d’expérience, les « lessons ») – a son bureau.

Le regard sur les différentes sources

Côté renseignement, le gros du travail est de traiter les sources ouvertes. « Beaucoup de choses sont sur internet aujourd’hui, il faut ensuite l’analyser, le qualifier, le reporter » explique le colonel Ekström, un Finlandais. Le « problème auquel nous sommes confrontés est d’avoir des informations, parfois contradictoires ». Une bonne partie de ces informations servent à briefer le commandant d’opération (l’Ops Commander en jargon). Et cela peut être utile pour planifier des évolutions ou des notions sur le terrain. Cela sert également dans ses discussions avec les responsables politique. Exemple de questions « qui peuvent se poser : combien de Musulmans restent-ils dans tel quartier à Bangui ? Si c’est 3000 ou 7000, cela va induire nécessairement des engagements de force différents ».

Planifier : un défi important à l’Union européenne

Autre bureau, autre ambiance. Le J5 – la planification – un des plus importants défis dans toutes les missions de l’Union européenne, souligne le colonel Tsiokanis. « Contrairement à l’OTAN, on n’a pas de structure de commandement permanent. » Il est donc nécessaire de tout bâtir dès le zéro depuis le début et de « suivre chaque jour si on est dans les clous ».

Avoir une vue générale

Au fond du couloir, la salle de commandement (JOC), assez petite somme toute. Dans cette salle, se trouvent les watchkeepers, qui veillent 24h/24, 7 jours sur 7, renforcés selon le cas par les officiers spécialisés. Sans oublier, l’élément essentiel aujourd’hui, indispensable à toute salle de commandement, l’écran de télévision qui permet de se relier a l’extérieur et fournit l’information complémentaire. L’intérêt de cette salle est de rassembler dans le même lieu, le même point, toutes les informations qui arrivent et les problèmes (logistiques, commandement, médical, etc.) qui peuvent survenir ; de fournir au commandant tous les éléments essentiels et de pouvoir ainsi décider rapidement. Plusieurs réunions sont organisées dans cette salle, en utilisant tous les moyens, téléphone, internet, pour mettre à jour en permanence nos données.

Un niveau d’alerte… très variable

Au mur, un tableau qui affiche le niveau d’alerte du jour. De blanc à rouge en passant à vert, bleu ou jaune, il donne la température en un clin d’oeil de la situation sur le terrain. « Le statut peut changer d’une minute à l’autre, raconte un officier —. La situation à Bangui est (en effet) très, très complexe. » C’est le commandant qui détermine le niveau d’alerte, selon une codification définie dans un document interne, en fonction des évènements sur le terrain. « Il y a un nombre de facteurs différents en jeu, de paramètres à prendre en considération. » Inutile de demander trop de détails… On n’en saura rien de plus. « Top secret » ! Ce qu’il faut savoir — nous confie un officier supérieur — c’est que le niveau supérieur d’alerte, le « Rouge », c’est « tout événement qui pourrait remettre en cause le bon déroulement de la mission ».

Deux arrondissements à risque

Les deux districts attribués aux Européens  — les 3e et 5e arrondissements — ne sont pas, en effet, parmi les plus calmes de la capitale centrafricaine. Au contraire. Ce sont « parmi les plus dangereux de Bangui », nous précise un officier. Le 3e quartier est « un secteur essentiellement musulman mais il y aussi des chrétiens regroupés dans un endroit bien délimité », d’où des risques de friction. Le 5e arrondissement reste (ou du moins restait) un quartier encore mixte. Et « on se trouve la face à un danger supplémentaire », celui de la confrontation permanente ; l’un étant toujours la minorité de l’autre.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Pourquoi Larissa ?