Baltic Scramble

(B2 à Šiaulai) Il fait beau sur la Baltique, ce jour-là. Et les quatre avions — britanniques et  polonais — sont en mission d’entraînement

Un MIG-29 polonais et un Typhoon FGR4 anglais lors d'un exercice à Siaulai dans le cadre de la mission Baltic Air Policing de l'OTAN
Un MIG-29 polonais et un Typhoon FGR4 anglais lors d’un exercice à Siaulai dans le cadre de la mission Baltic Air Policing de l’OTAN (© Mark Hookham)

La routine, pour les pilotes des 4 avions qui sont en l’air, 2 Typhoon FGR4 britanniques et 2 MIG-29 polonais… Nous les observons à distance dans l’avion C27J de l’armée lituanienne. Soudain, c’est l’alerte. Les deux Typhoon changent de trajectoire, virent d’aile. Ils quittent le champ de vue. « Something is wrong » confie un pilote anglais expert de ce genre de situations. Un appareil non identifié a, en effet, été repéré frôlant la frontière d’un des pays baltes sur lequel s’exerce la surveillance des appareils de l’OTAN.

Alpha scramble pour la Royal Air Force !

L’alerte est bien réelle (un « Alpha Scramble » comme aiment à l’appeler les aviateurs). C’est bien un appareil russe, un hélicoptère militaire K-27 HELIX qui vole au-dessus des eaux internationales, tout proche de la frontière lettone. Plusieurs éléments le rendent suspects aux yeux des contrôleurs aériens de l’OTAN du CAOC (Combined Air Operation center) de Uedem, en Allemagne, qui commande tout le dispositif. Son « transpondeur était éteint » et il n’avait « pas de plan de vol défini » nous explique un officier. Il n’a pas répondu aux premiers signaux des contrôleurs du ciel. Autrement dit il était suspect. Une patrouille danoise l’a prise en chasse avec la patrouille britannique. Renseignement pris : l’hélicoptère provient bien du Stereguschiy (530), une corvette de la flotte de la mer de la Baltique. Localisation effectuée, les avions retournent à leur base. Les Danois à Amari (Estonie), les Britanniques à Siaulai.

La base d’attache : Šiaulai

 Située à près de 300 km de la capitale lituanienne Vilnuis, la base militaire de Šiaulai est aujourd’hui le centre nerveux de la surveillance aérienne, renforcée, mise en place par l’OTAN dans le cadre de la Baltic Air Policy (Lire : Au-dessus des pays baltes, des avions de l’OTAN veillent). Dans le passé (quand la Lituanie faisait partie de l’URSS), elle était déjà « stratégique ». Car les avions bombardiers russes pouvaient ainsi atteindre l’Allemagne et le Nord de l’Europe. Les stigmates de la période soviétique sont d’ailleurs visibles avec des installations datées comme de vieux hangars, qui servent aujourd’hui à ranger du matériel.

La peur lituanienne

Pour les Lituaniens, avoir cette présence des autres pays n’est pas du luxe. La Lituanie est très « heureuse d’accueillir un renfort de l’OTAN et de ses alliés » explique la ravissante First Lieutenant Leva Gulbiniene, assistante du commandant de la base, qui nous sert de guide. Les Lituaniens ont « peur » et craignent leur grand voisin russe, qui les a occupés durant près de 120 ans. Près de 400.000 personnes ont été déportés en Sibérie. « L’annexion de la Crimée par Poutine fait peur aux Lituaniens » explique le First Lieutenant Gulbiniene et a rappelé de mauvais souvenirs.

MIG-29 Polonais à la base de Siaulai en Lituanie.
(© Mark Hookham) MIG-29 Polonais à la base de Siaulai en Lituanie.

Des Polonais…

Ce sont les Polonais dirigés par le Ltt-Col Krzysztof Stobieski, qui sont de permanence sur le territoire balte en ce moment. Les 4 MIG-29 du « ORLIK 5 »le cinquième détachement polonais du genre  à la base de Šiaulai depuis le début des missions de l’OTAN, en 2004 — sont prêts à répondre à toute alerte, 24h/24 et 7 jours/7. Le « scramble » — terme de l’aviation internationale qui signifie une alerte et un décollage d’urgence — est de deux types : l’alerte réelle (ou Alpha Scramble) : une mise en alerte d’avions de combat pour une mission de sûreté aérienne et l’alerte d’entrainement (ou Tango Scramble) qui est une alerte d’entrainement pour une mission réelle d’interception d’un aéronef.

Billy Cooper, Squadron leader, commandant opérationnel de la 135 EAW.
(© Mark Hookham) Billy Cooper, Squadron leader, commandant opérationnel de la 135 EAW

Et des Britanniques

En renfort des Polonais, les quatre Typhoon britanniques ont aussi pris leurs aises, depuis le 1er mai, sur la base de Šiaulai. Un camp provisoire a été monté de toutes pièces. La base de Siaulai ne pouvait, en effet, accueillir ce renfort de quatre avions supplémentaires. Il aura fallu 10 jours aux 135 personnes du détachement pour « construire un camp complètement opérationnel » comme l’explique Simon Hulme, chef du détachement du 135e Expedionary Air Wing (EAW). Le montage des deux « tentes de luxes » pour avions de chasse n’a pas été « une partie de plaisir » à cause des mauvaises conditions climatiques.

Dix minutes pour être en l’air après alerte

Tous les jours – alerte ou pas – les pilotes s’entraînent. Il faut être « prêt à répondre, à toute heure du jour, 24h/24 et 7 jours/7 » à une alerte, explique le squadron leader Billy Cooper. Quand la sirène retentit – un long signal continu et strident – c’est la course contre la montre.

Les techniciens (ils sont 4 ce jour-là) s’affairent à la mise en route de l’avion de chasse, retirent les différentes protections, démarrent les moteurs et tous les systèmes de contrôle. Le pilote, déjà habillé et harnaché (c’est la règle en cas d’astreinte), déboule dans le hangar. Un peu plus loin, à l’autre bout de la piste, son alter ego effectue le même trajet. Monté à toute vitesse dans l’appareil – échelle retirée par le technicien -, chacun des pilotes fait les vérifications d’usage avant le décollage. Les avions sortent du hangar, parcourent quelques mètres pour atteindre leurs positions sur la piste de décollage. Le pilote en position « met littéralement à feu » les moteurs.

L’un après l’autre, les avions prennent rapidement de la vitesse et décollent quelques centaines de mètres plus tard dans un bruit fracassant. On ne distingue désormais que deux traces de kérosène noire, qui s’estompent lentement dans le ciel bleu lituanien. Les avions sont déjà loin, hors de notre champ de vision. Un coup d’oeil sur la montre : moins de 10 minutes. Les pilotes du 135e Expedionary Air Wing ont tenu le délai. Ils sont prêts. Un « appui nécessaire » pour  « sécuriser » la région Baltique et « occuper » le plus possible le ciel en raison de la recrudescence des exercices militaires russes dans la région, justifie Billy Cooper.

(Jérémy Cauderlier st.)

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Nb : Photos utilisées avec la courtoisie de notre collègue Mark Hookman du Sunday Times