Dix pays, 10 ans, un effet d’aubaine ?

(BRUXELLES2) Il y aura sûrement certains grincheux qui trouveront que l’Europe s’est élargie trop vite et qu’elle se retrouve aujourd’hui bloquée par un trop gros nombre de pays. C’est une impression. Mais elle ne correspond pas à la réalité.

Qui bloque réellement l’UE : les nouveaux ou les anciens Etats membres ?

Dans les faits, la vie de tous les jours au niveau de l’Union européenne, les « vrais » blocages se retrouvent soit quand la France et l’Allemagne ne sont pas d’accord (avec d’autres pays de part et d’autre de cette ligne de fracture), soit parce qu’un des Quinze de l’époque s’y opposent. Les avancées fiscales ont été bloquées, et le sont toujours par le le Luxembourg, et dans une moindre mesure l’Autriche, et le Royaume-Uni. Les avancées sociales le sont souvent par le Royaume-Uni et l’Irlande. L’approfondissement de l’union bancaire et le soutien aux nouveaux mécanismes de solidarité financier l’a été retardé par la lente réaction de l’Allemagne et les obstructions de plusieurs pays du nord de l’Europe, comme la Finlande ou les Pays-Bas. La réforme de la politique régionale par l’Espagne ou l’Italie. L’approfondissement politique par … la France.  Etc.

Qui soutient la PAC et la politique régionale ?

A l’inverse, la défense de la politique agricole commune ou de la politique régionale, gravement mises en cause dans la première moitié des années 2000 a trouvé de puissants alliés dans les nouveaux Etats membres. Pologne, Roumanie, Hongrie, Slovaquie sont ainsi montés au front. Au point que la suppression de ces politiques « historiques » n’est plus à l’ordre du jour aujourd’hui. L’Union européenne et la France ont ainsi bénéficié d’un « renfort » inespéré

Qui s’investit (un peu) dans les missions européennes ?

Même en matière de défense européenne, et de missions de stabilisation en Afrique, on l’oublie souvent, c’est parce que les Polonais sont arrivés en nombre sur la première mission EUFOR au Tchad – RCA en 2008 que celle-ci a pu se faire. Et l’Afrique n’est pas vraiment leur « prime » préoccupation. C’est un instinct de solidarité qui les fait réagir ainsi… Idem aujourd’hui avec l’actuelle opération EUFOR en république centrafricaine, où la demi-compagnie balte (Estonie, Lettonie), ainsi que le contingent de police militaire polonaise assurent une contribution proportionnelle à l’opération (un 1/6e des effectifs, presqu’un tiers si on ajoute la Géorgie). Les Estoniens sont même un des premiers pays à s’être décidé, là où Allemands, Italiens et Espagnols se sont faits un peu tirer l’oreille… Ce sont eux encore qui sont arrivés parmi les premiers sur le théâtre et patrouillent aujourd’hui dans Bangui. Qui aurait pu croire il y a 10 ans qu’une opération en Centrafrique ne pourrait se faire que grâce à des Estoniens, Lettons, Polonais (et Géorgiens)… personne !

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).