Un an d’EUTM Mali. Un exemple exportable en Centrafrique (Guibert)

Un an d’EUTM Mali. Un exemple exportable en Centrafrique (Guibert)

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Leonor Hubaut/B2

Le général Guibert dans la salle de réunion du QG d’EUTM Mali à Bamako. © Leonor Hubaut/B2

(BRUXELLES2 à Bamako) Avant son départ et la relève par le général Marc Rudkiewicz (lire : Un chasseur alpin, franco-allemand, prend le commandement d’EUTM Mali), le général Guibert a tenu à faire le point, avec plusieurs journalistes (dont B2), du « 1 an » de la mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali). Une « mission ambitieuse mais indispensable pour permettre à l’armée malienne de revenir dans le match et de retrouver la confiance en elle, qu’elle avait perdue » selon Bruno Guibert.

EUTM Mali, çà marche…

Déployée depuis le 18 février 2013, la mission a pour mandat « de contribuer à restaurer les capacités militaires des Forces armées maliennes (FAMA). L’objectif était de former des bataillons qui puissent être engagés face aux djihadistes dans le Nord. Quatre bataillons sont aujourd’hui formés. Trois ont été déployés dans le Nord du Mali. Les résultats sont positifs. Nous constatons une courbe de progrès très intense. Ils sont tout à fait capables de remplir les missions pour lesquelles ils ont été formés. » Le principe qui fait, d’une certaine façon, le succès d’EUTM ce n’est pas former des individus mais un ensemble. « Nous ne formons pas des soldats individuels mais des unités militaires, aux ordres de leurs chefs, pour remplir des missions » confirme le général. Nous avons insisté de conserver les bataillons groupés pendant et après le déploiement opérationnel. »

Des liens forts avec l’armée malienne…

Travailler avec les Maliens a été facile. « Des liens forts se sont créés avec l’armée malienne. D’abord parce qu’ils sont compétents. Ensuite, ce sont des hommes fiers et ils ont compris qu’on est là pour les aider. Ils nous donnent leur plein appui. Et c’est valable à toutes les échelles. Les soldats maliens, l’armée malienne en général, regardent les GTIA formés (NDLR : groupements tactiques interarmes) et voient la différence avec les autres unités. Tous demandent à bénéficier de la formation. »

Douze semaines, c’est suffisant ?

Si certaines voix sont critiques sur la durée de la formation, le général Guibert veut les démentir. « Douze semaines, c’est déjà beaucoup pour une armée malienne qui a perdu l’habitude de s’entrainer dans les années passées. De plus, nous avons une force de frappe remarquable : 200 entraineurs européens encadrent 700 élèves. Je crois qu’aucune armée au monde ne peut se targuer d’avoir ce ratio. » Et, les premiers résultats sont positifs. « Les bataillons Sigui et Elou obtiennent d’excellents résultats, notamment dans la lutte contre les IED. Les équipes spécialisées de Elou ont fait un travail incroyable dans le repérage et la destruction de ces engins… ».

Des bataillons composés d’éléments du Sud… et du Nord

« Les bataillons sont essentiellement composés de gens venant du Sud. Mais pas exclusivement. Le bataillon Elou comptait 30% de Tamachek (population du Nord). Il est vrai que pour les bataillons Sigui et Balanzan les proportions sont beaucoup moindres. La raison est qu’ils ont un nombre élevé de jeunes recrues qui viennent des bassins de vie, localisés dans le Sud. Je ne pense pas qu’il faille opposer automatiquement Nord et le Sud. Il y a eu des rébellions dans le passé, et c’est vrai qu’elles sont nombreuses… Mais ce sont, avant tout, des Maliens.

… à ne pas opposer systématiquement

Le général Touré (chef d’état-major général des armées maliennes) le disait hier… Depuis des siècles, ils vivent ensemble. C’est un peu artificiel d’opposer Nord et Sud. Il n’y a pas que des nomades au Nord. Et les nomades ont besoin des sédentaires pour le commerce. Il y a une instrumentation de la situation par certains groupes. Mais ce n’est sûrement pas le reflet de la réalité. »

Comment gagner les coeurs des populations ?

Le bataillon Waraba, le premier formé par les Européens est aussi le premier a avoir été déployé dans le Nord du pays. « Une des principales difficultés de Waraba a été de faire face à la population, hostile au retour de l’armée malienne. Mais les militaires ont compris qu’ils doivent gagner les coeurs des populations pour que leur mission soit un succès. » La formation en droit humanitaire internationale donnée par EUTM Mali a permis « d’améliorer le comportement des soldats, qui n’ont jamais été instruits ou entrainés pour les situations qu’ils rencontrent dans le Nord. Avec notre apprentissage, ils ont acquis les bons réflexes et n’en sont pas réduits à utiliser leurs armes tout de suite. Avec les bataillons suivants, les résultats sont là. La tension a diminué. »

Situation dans le Nord ? Confusions entre groupes terroristes et groupes armés (rebelles)

 « La situation au Nord reste tendue et volatile mais est globalement stabilisée. Grâce aux actions de Serval et de la Minusma, les groupes djihadistes ont été désorganisés. Ils essayent constamment de se réorganiser pour lutter. Mais il n’y a pas d’action coordonnée. » La difficulté majeure, aujourd’hui, est « la confusion entre les groupes terroristes et les groupes armés… on ne sait pas exactement qui est qui.  Maintenant, c’est aux Maliens de régler le problème sécuritaire et conduire les reformes internes nécessaires. »

EUTM Mali : un modèle exportable ? en République centrafricaine, oui.

« EUTM peut préfigurer ce que l’Union européenne peut faire, et fait très bien : les missions de formation et de conseil. S’impliquer dans le domaine de la formation est tout à fait propre à l’Union, dans le cadre de l’approche globale. » Interrogé sur la faisabilité d’exporter le modèle en République centrafricaine, il se montre optimiste. « Je pense que EUTM est tout à fait exportable en RCA, sous réserve de l’accord des autorités militaires et politiques sur place. Mais ce ne devrait pas être trop difficile à obtenir. »

… mais sous certaines conditions

De là à affirmer qu’il s’agit d’un modèle exportable à d’autres pays, le général pose certaines conditions. « Pour que cela fonctionne, il faut le plein accord et l’adhésion des autorités politiques et militaires du pays. C’est ce qui a fait la différence avec les opérations en Afghanistan où la volonté d’accueil n’était pas vraiment présente. Ici, le demande malienne a été faite, avant même le déclenchement de Serval. Nous n’avions pas d’agenda caché.  »

(propos recueillis par Leonor Hubaut, fin mars)

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