On manque de femmes dans la future Commission 2014. Un vrai problème politique…

On manque de femmes dans la future Commission 2014. Un vrai problème politique…

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Et si on inversait les positions... (Crédit : Conseil de l'UE)

Et si on inversait les positions… (Crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2 – exclusif) B2 vient de faire un dernier tour d’horizon de la composition de la future Commission européenne. En prenant l’attache de ce qui pourrait se passer dans les 28 Etats membres, nous avons déterminé les noms possibles, probables ou potentiels. Un article paru dans notre section « Club » (lire : Elections 2014. Quels commissaires resteraient ? Qui les remplacera ? II).

Faible nombre de femmes

Parmi les enseignements de ce tour d’horizon, un frappe aux yeux et mérite un commentaire particulier : le très faible nombre de femmes proposées ou nominées.

Selon notre décompte, seuls 5 pays ont proposé ou comptent une femme parmi les candidats possibles (Bulgarie, Danemark, Grèce, Irlande, Pays-Bas). Ce qui est très, très faible ! Dans tous les autres, ce sont des noms d’hommes qui sont proposés ou qui circulent. Et encore…

Dans ces cinq pays, les femmes sont confrontées à la « concurrence » d’un ou plusieurs hommes qui sont « nominés » ou veulent le poste. Ainsi une seule femme est assurée d’un soutien ferme de son Etat membre (Danemark). Et, dans les Etats qui ont déjà un nom « désigné », « consolidé » ou régulièrement cité (voir § suivant), il n’y a que deux femmes nominées sur dix. Quant aux grands pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pologne), c’est simple, il n’y aucune femme parmi les nominés.

Un vrai problème politique

Cette inégalité est un « vrai » problème politique. qui pourrait bousculer les prévisions actuelles, obligeant certains pays à revenir sur leurs équilibres internes, projets ou promesses. Il y a 9 femmes aujourd’hui dans la Commission actuelle. Et ces « femmes » n’ont pas démérité. Au contraire (*). Et cela parait un minimum. La barre d’au moins un tiers de femmes est aujourd’hui une barre symbolique qui ne peut être franchie sous peine de provoquer des problèmes à celui qui ont conduit à la nomination de la Haute représentante en 2009. Cela veut dire qu’au moins huit pays indécis ou qui se sont déjà décidés en faveur d’un candidat masculin vont devoir changer d’avis. Cela veut dire également que les pays qui proposeront une femme, compétente, auront plus de chance d’avoir le portfolio désiré ou d’importance. Avis aux amateurs/rices !

Commentaire

Instaurer la parité dans les nominations des commissaires

Une règle informelle devrait être mise en place, obligeant chaque Etat membre à proposer une femme et un homme aux postes concernés. Les équilibres seraient ainsi plus faciles à trouver. Cela faciliterait aussi un choix plus démocratique tant au niveau des Etats membres que du Parlement européen. Plutôt que de « forcer » tel ou tel pays à revoir son choix, car les autres ont tous proposé des hommes, ou de trouver un candidat en catastrophe, car il n’a pas été retenu, cela éviterait aussi les moments de crise qui ont présidé à chaque nomination de la Commission depuis 10 ans (**). La personnalité non retenue par le Conseil deviendrait « suppléante » et pourrait être nommée si le titulaire ne passe pas la rampe du Parlement européen. Rien ne s’oppose à cette modalité qui peut être instaurée sans changer un mot des Traités. C’est même conforme à l’esprit des dernières réformes qui entendaient instiller une dose supplémentaire de contrôle démocratique dans cette procédure de nomination qui a souvent été opaque.

Revoir un mode de nomination archaïque

Plus généralement, quand on regarde le mode de nomination des commissaires européens, il est aujourd’hui archaïque, laissant libre cours à chaque Etat membre, parfois de manière totalement autocratique, de nommer qui il veut. Un peu comme le Prince de jadis qui envoyait un de ses « protégés » dans un comptoir lointain, parfois pour l’avantager, souvent pour s’en débarrasser. Avec un peu de chance, la personne sera compétente, placée à un poste où elle aura une compétence, une envie d’agir, une certaine liberté d’action et pourra être réellement efficace. Ce serait bien cependant de ne pas compter que la chance et la multiplication des conditions mais d’inverser la tendance : augmenter les chances de l’efficacité, diminuer les freins à l’incompétence… Au XIXe siècle, ce comportement était toléré. Pas au XXIe.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Si on prend le top des commissaires qui ont réussi leur parcours, tant au plan personnel que du résultat politique, on trouve au moins – selon les critères trouvés – 3 femmes parmi eux : K. Georgieva, C. Malmström, V. Reding.

(**) En 2004, l’Italien Buttiglione renvoyé chez lui et Barroso I obligé de revoir en catastrophe la composition du collège. En 2009-2010, la Britannique C. Ashton propulsée en dernière minute au poste de Haute représentante et la Bulgare Jeleva, mal préparée, renvoyée par le Parlement européen en guise de réponse à son humiliation dans les nominations