Angela : « jamais sans mon Antonov » !

MerkelHollande@DE140403(BRUXELLES2) Angela Merkel ne l’a pas clamé sur les toits, ni François Hollande (lors de leur conférence commune hier sur l’Afrique), ni Catherine Ashton, ni aucun membre de l’Union européenne, ni aucun allié de l’OTAN d’ailleurs. Mais ils peuvent dire en coeur : « Spasiba, спасибо Volga-Dnepr ». Les deux « avions » allemands qui vont permettre de transporter les militaires européens et leur matériel vers la république Centrafricaine, pour EUFOR RCA, ne sont allemands que …. par leur financement.

Des Antonov dans la Luftwaffe ??

Les deux Antonov 124 ne ressortent pas vraiment, en effet, de l’équipement standard de la Luftwaffe ni d’aucune force européenne d’ailleurs. Ils appartiennent à une société russe, Volga-Dniepr, qui a passé un contrat d’affrètement avec l’OTAN et ses membres. Les Etats participant à ce contrat « Salis » disposent ainsi d’un crédit d’heures qu’ils peuvent utiliser ou échanger entre eux, mais doivent au final payer. Il est vrai que Volga-Dniepr est un peu… allemande avec une filiale basée à Leipzig et qu’elle emploie 3000 personnes de diverses nationalités. Elle a également de nombreux contrats avec toute sorte de sociétés comme Airbus ou Boeing qui recourent à ses services pour pouvoir transporter les pièces d’avions ou de satellites et opère sur plusieurs aéroports internationaux, notamment à Londres, à Paris Vatry ou aux Etats-Unis. Mais sa véritable base est à Ulyanovsk, aux confluents de la Volga. Et son attachement russe ne fait aucun doute. La nette majorité de son top management est d’ailleurs russe.

Suspendre : mais vous n’y pensez pas !

Alors que la suspension de la coopération militaire avec la Russie est la règle au Bd Leopold, le siège de l’OTAN, il n’est nullement question de suspendre le contrat Salis signé avec la société Volga-Dniepr. Au contraire. Il s’agit d’un « contrat commercial et qui n’est pas touché par les décisions de l’OTAN en coopération avec la Russie » a assuré un responsable de l’OTAN en réponse à notre question. Et, effectivement, l’actuel contrat Salis, qui devait se terminer fin 2014, devrait être prolongé. Selon nos informations, une option est actuellement étudiée jusqu’à fin 2017.

Un contrat très utile, un matériel irremplaçable

Cet apport est, en effet, très utile aux Etats membres de l’UE comme de l’OTAN, notamment pour assurer les relèves de troupes et les rapatriements de son opération en Afghanistan (ISAF). La compagnie dispose, en effet, d’avions — les Antonov 124-100 — qui ont une capacité d’emport (entre 100 et 150 tonnes selon la distance) nettement supérieure à la plupart des autres avions (cela représente 6 C-130 ou 3-4 A400M) et qui n’a pas vraiment d’équivalent (*). Outre leur capacité d’emport, ces avions permettent surtout de transférer des matériels trop gros pour entrer dans d’autres avions.

Commentaire. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts que l’inspection aérienne russe ne s’avise de vérifier de près toutes les conditions de vol de ces avions, une petite inspection de routine en quelque sorte, histoire de voir…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Seuls peuvent rivaliser l’avion Galaxy C5 qui est un peu vieux puisqu’il a été introduit en 1970, à l’époque du Vietnam et du Kippour (ca date !), dont le coût de vol apparait largement supérieur d’après les sources aéronautiques et qui est opéré par la seule US Air Force et l’Airbus A380… dont la version Cargo n’est pas encore sortie (2015 ?).

Un antonov 124 photographié par Stefanov gagnant du grand prix de Volga-Dnepr
Un antonov 124 photographié par Stefanov gagnant du grand prix de Volga-Dnepr