La Crimée dans la Russie. C’est fait. Suivant !

PoutineDouma@RUS140318(BRUXELLES2) Se moquant comme de sa première chemise des premières mesures européennes et des sanctions, le président russe Vladimir Poutine a signé ce midi (13 h Moscou) le décret « On Executing the Agreement between the Russian Federation and the Republic of Crimea on the Admission of the Republic of Crimea into the Russian Federation and the Creation of New Constituent Entities within the Russian Federation« . Ce document a pour objectif :

« 1. To approve the draft Agreement between the Russian Federation and the Republic of Crimea on the Admission of the Republic of Crimea into the Russian Federation and the Creation of New Constituent Entities within the Russian Federation.

« 2. To consider it expedient to sign the Agreement envisaged hereunder at the highest level. »

Un raisonnement faussé

La Russie ne se comporte pas ainsi que les Européens l’auraient espéré. A chaque fois que les Européens escomptent un apaisement, le Kremlin en rajoute une louche. Tous les arguments entendus — les sanctions vont l’obliger à céder, la Russie va être isolée sur la place internationale, c’est mauvais pour l’image de la Russie, il n’ira pas plus loin, la Russie va souffrir, etc.— semblent davantage destinés à se rassurer qu’à tenir du constat objectif. Tout simplement car le raisonnement est faussé. Il se base sur un fonctionnement « à l’occidental » que ne suit pas le dirigeant russe, non pas qu’il soit tout à fait irrationnel. Mais il obéit à une autre rationalité.

Tout le pouvoir engagé dans une même cause

Pour Moscou, à tort (ou à raison), l’Ukraine est une cause nationale. Et pour défendre cette cause, elle engage ses forces, toutes ses forces : économique, militaire, politique, diplomatique. Elle joue ainsi sur tous les tableaux : d’un côté, la force (occupation sur le terrain, provocations, révélations d’écoutes, etc.) ; de l’autre, la discussion, le dialogue, la diplomatie. Non pas dans un jeu de dupes (les dupes sont ceux qui y croient) mais avec un seul objectif : récupérer l’Ukraine ou, du moins, tout ce qui peut en être retiré. Là où les Européens croient, ou espèrent, qu’il y aura un dialogue, un répit dans les avancées russes, ils se trompent. Maintenant que la Crimée a intégré (ou plutôt réintégré, vu de Moscou) le giron russe, d’autres manœuvres peuvent commencer dans la bordure sud du pays (vers Odessa) ou à l’est de l’Ukraine, voire au sud-ouest (Transnistrie).

Un combat inégal

Le pouvoir russe a une capacité de résilience supérieure à celle des Etats européens. Les Européens ne sont pas prêts à souffrir pour l’Ukraine. Leur résilience est faible. Et leurs intérêts dispersés. Le combat est donc inégal… Poutine cherche le rapport de force, la confrontation. Là où les Européens cherchent à l’éviter. Résultat : plus les Européens menacent, plus le Kremlin exécute les conditions obligeant les Européens à exécuter leurs menaces ou à se dédire. Il est ainsi symptomatique qu’à chaque fois que les Occidentaux se sont fixés une échéance : Poutine a joué une pièce avant cette échéance, obligeant ainsi les Européens à réajuster leur réponse, en catastrophe. Au besoin, il envoie un de ses diplomates, S. Lavrov par exemple, passer un peu de pommade, histoire de mieux surprendre encore à l’étape suivante. L’escalade continuera jusqu’à un des « joueurs » dise banco ou se dédise. On n’est pas très loin du point de rupture aujourd’hui.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).