Une journée à Maidan

(BRUXELLES2 à Kiev) La place Maidan ce lundi avait retrouvé son allure traditionnelle où on va se promener le dimanche (lundi était jour férié en Ukraine aujourd’hui en remplacement du 8 mars habituellement férié qui tombait un samedi cette fois). Mais les barricades étaient toujours là, en partie, les murs de pneus, les uniformes kakis, etc. prenait aussi des allures de pèlerinage.

Au moment où d’entrer dans la place, à la porte, où les sacs de sable et de gravas se font plus proéminents, les conversations qui allaient grand train auparavant s’étouffent, les gens se taisent comme s’ils entrent dans une église. Juste s’ils ne font pas le signe de croix. Avant de reprendre plus largement sur la place. Ensuite chacun commente, les pavés démontés sur le côté pour monter la barricade ou servir de projectile, les affiches posées là, les bouquets de fleurs déposés sur des places, où est tombé un défenseur de Maidan.

La catapulte, placée au check point devant l’entrée du stade du Dynamo de Kiev, qui bloque la rue Hrushevskoho, est aussi abondamment commentée. Chacun s’y fait photographier. On peut considérer qu’il s’agit d’un tourisme, voyeur. Sans doute, il y a un peu de cela. Mais c’est aussi pour ceux qui ont participé aux évènements et y reviennent en famille ou ceux qui n’y ont pas participé de s’approprier une part de la lutte menée. Il y a là une « mémoire » historique qui est en train de se créer, la mémoire d’un moment où le peuple a fait vaciller le pouvoir. Et ces milliers de visites prennent ainsi un sens.

De façon plus discrète, des familles viennent se recueillir sur les lieux où un de leurs proches est tombée. On peut les voir s’approcher des dizaines de portraits, affichés à l’entrée de la place, et embrasser discrètement un portrait, celui de leur fils, comme a pu le filmer mes collègues de RTL, ou plus discrètement se rendre telle cette mère et sa fille que j’ai croisé dans les allées du monastère St Michel, qui a servi d’hopital de campagne durant les évènements.

Les ministres du Benelux ont ainsi parcouru une partie de ce chemin mémoriel, avec une gerbe de fleurs à la barricade , puis un détour sur la place Maidan. Et un entretien avec Olga , la doctoresse, chef du service médical. Les sources médicales dont parlait le Premier ministre estonien dans sa conversation interceptée par les services russes. Les Européens ont martelé à leurs interlocuteurs les principaux messages entendus lors du conseil des ministres européens : dialogue large, englobant toutes les régions d’Ukraine, respect des minorités, réformes nécessaires en matière économique, lutte contre la corruption, etc.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).