Opération nettoyage à Kiev (Maj5)

La place Maidan à 19h30 (crédit : Hromadske Tv)
La place Maidan à 19h30 (crédit : Hromadske Tv)

(BRUXELLES2) 3 morts, puis 5, 9, 14, 20 puis 25 morts. Le bilan ne cesse d’augmenter en Ukraine. A Kiev, les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre, notamment les fameux Berkout, ont été violents, dans la journée (18 février) et ont continué toute la nuit. La manifestation rassemblant 10.000 personnes a dérapé alors qu’un ultimatum était lancé par le ministère de l’intérieur et les services spéciaux (SBU) pour dégager les principaux axes. Manifestants et forces de l’ordre échangeant qui cocktails molotov et pavés, qui grenades lacrymogènes et autres tirs de balles en caoutchouc.

Vous pouvez suivre la situation grâce à la télévision de l’opposition, disponible sur internet, Hromadske tv

Bilan en augmentation au fil des heures

En début de soirée, on a déploré d’abord au minimum 9 morts – dont plusieurs par balles -. Le centre médical de l’opposition sur la place Maidan faisait état d’un bilan de 8 morts (dont 2 civils retrouvés près de la station de métro Khreschatyk), et plus de 100 blessés parmi les manifestants « dont plusieurs dans un état critique ». 10 personnes notamment seraient en état critique, mentionne ma collègue Nataliya Gumenyuk de la télévision Homadske. Le ministère ukrainien de l’intérieur fait état, lui, d’un policier tué d’une « balle à la nuque » (*). Bilan revu à la hausse du côté de la police à 22h, à 6 policiers tués, 159 blessés dont 35 gravement. Vers minuit, le chef du centre médical de l’opposition, Oleh Musiy, annonce aussi un bilan en hausse à 20 morts. « Au minimum ! » écrivions-nous alors. « Car ce bilan qui pourrait encore s’alourdir dans les heures qui viennent. » Au petit matin, de mercredi (19 février), le ministère de la Santé signalait un bilan de 25 morts : 9 policiers, 1 journaliste et 15 civils et opposants.

NB : A 18 h (locales), le centre hospitalier militaire signalait avoir soigné 22 agents du maintien de l’ordre, pour des blessures à la poitrine, aux extrémités ou au visage. L’un a été opéré « pour une blessure par un revolver 9 mm ». Deux sont dans un « état grave », précise le communiqué de l’armée.

La proposition en 3 points de la Haute représentante

A Bruxelles, la Haute Représentante s’est dite «  profondément inquiète de la nouvelle escalade de la violence à Kiev et des victimes signalées » dans un communiqué paru à 17h (le bilan était alors de 5 morts). « Je condamne toute forme de violence, y compris contre des bâtiments publics ou des partis » a précisé Catherine Ashton. Elle exhorte également « les dirigeants de l’Ukraine à s’attaquer aux causes profondes de la crise » et propose sa solution : « la formation d’un nouveau gouvernement de coalition, des progrès sur la réforme constitutionnelle et la préparation d’élections présidentielles transparentes et démocratiques »«  L’UE est prête à aider l’Ukraine dans ce processus » a-t-elle rappelé. Le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen s’est dit aussi « inquiet » du regain de violence.

Condamnation à Paris et Varsovie, Berlin et Londres et ailleurs

A Paris, Laurent Fabius, ministère français des Affaires étrangères, a condamné, également, « la reprise des violences à Kiev et l’usage indiscriminé de la force ». A Varsovie, l’ambassadeur adjoint d’Ukraine a été « convoqué au ministère des Affaires étrangères. Il lui a été exprimé la « profonde préoccupation » des autorités polonaises face à la montée des tensions à Kiev aujourd’hui , qui a coûté plus de vies humaines, et « face à l’utilisation des armes à feu. Le ministère des Affaires étrangères polonais exhorte les deux parties au conflit Ukraine à s’abstenir de nouveaux actes de violence ».

A Berlin, le ministre Frank-Walter Steinmeier a commenté dans un communiqué les « heures dramatiques » à Kiev. « Le fait qu’il y a eu des morts et des blessés au cours de la journée, nous a choqués. » Condamnant « toutes les formes de violence » d’où qu’elles viennent », il a rappelé que « c’est aux forces de sécurité, maintenant de veiller à ce que la désescalade ait lieu et que l’usage de la force ne (soit) pas encore développé. » Et d’avertir : quiconque qui fait des choix responsables qui conduisent à l’effusion de sang » devra en répondre, appelant d’une certaine manière à la mise en place par l’Europe de « sanctions personnelles » ciblées sur les personnes qui auraient agi dans ce sens. A Londres, le ministre chargé de l’Europe, D. Lidington estime que « l’usage de la force pour nettoyer la place Maidan pourrait avoir de très sérieuses conséquences sur les relations bilatérales ».

A Stockholm, le ministre des Affaires étrangères, Carl Bildt s’est interrogé. « Chacun en Ukraine a une responsabilité pour assurer une solution pacifique et non violente après les morts tragiques de ces jours » a-t-il déclaré dans un tweet. A Helsinki, le ministre des Affaires étrangères, Errki Tuomioja estime dans un communiqué que la situation est « extrêmement sérieuse ». « L’Ukraine doit résoudre les problèmes dans un processus démocratique ». A Bratislava, le ministre Miroslav Lajčák souligne combien «  la violence est une fin mortelle pour les deux camps en Ukraine. Un dialogue large au niveau de la société sur les causes de mécontentement est nécessaire ». 

A Vilnius, le ministre des Affaires étrangères, Linas Linkevičius « demande l’arrêt immédiat de la violence, une enquête approfondie sur tous les incidents » ainsi que « la traduction en justice des responsables ». Il « exhorte » ainsi le gouvernement et l’opposition ukrainienne « à reprendre immédiatement les négociations pour former un nouveau gouvernement et mettre en oeuvre la réforme constitutionnelle, car la crise politique prolongée dans le pays est de plus en plus hors de contrôle ».

(Loreline Merelle et Nicolas Gros-Verheyde)

Commentaire : Les esprits optimistes qui comptaient sur un apaisement de la situation doivent être déçus. Mais il fallait s’y attendre. Les esprits ne sont pas prêts. L’opposition n’est pas structurée. Et le pouvoir ukrainien n’a aucun intérêt à être « doux », sinon pour plaire aux gouvernements européens ou de l’Ouest. Et comme ceux-ci ont peu à lui offrir… Dans une logique, purement interne, de conservation du pouvoir, il a, au contraire, intérêt à crisper, tendre la situation. Quitte de temps en temps, à donner un ou deux gages par ci par là. Cette tactique a un avantage : elle contraint les opposants à plier ou à se radicaliser, dans les deux cas à se diviser. Elle oblige les Occidentaux à reconnaitre que les torts sont partagés. Ce que craignent, par-dessus tout, la plupart des gouvernements de l’Union européenne, est une cristallisation de la crise en Ukraine, des dérapages, et finalement une instabilité nocive. Dans la plus pure tradition du réalisme dans les relations internationales, chacun préférera l’ordre à l’anarchie, une petite autocratie corrompue à une atmosphère délétère. Les Européens sont, finalement assez désarmés. Ils n’ont ni l’arme du gaz, ni l’incitation financière et encore moins de troupes à masser aux frontières. En bref, faute de carotte et de bâton, on déplore ou on condamne… Jusqu’à présent, l’Union européenne ne semble même pas prête à suivre l’exemple de la Pologne, en convoquant l’ambassadeur d’Ukraine. On verra ce mercredi (NGV)

NB : la question de l’Ukraine devrait être mise à l’ordre du jour de la réunion habituelle des ambassadeurs du COPS – le comité politique et de sécurité de l’UE – qui se tient ce mercredi (19 février).

(*) Ce pourrait être un tir des manifestants mais aussi un « tir ami » autrement dit un tir venant des propres forces de l’ordre

(MAJ) Revu à 21h et 23h, 24h, 1h et Merc. 19.2 bilan revu à la hausse. Nouvelles réactions européennes

Lire aussi : Morts en Ukraine : l’Union européenne se déplace?

Loreline Merelle

© B2 - Bruxelles2 est un média en ligne français qui porte son centre d'intérêt sur l'Europe politique (pouvoirs, défense, politique étrangère, sécurité intérieure). Il suit et analyse les évolutions de la politique européenne, sans fard et sans concessions. Agréé par la CPPAP. Membre du SPIIL. Merci de citer "B2" ou "Bruxelles2" en cas de reprise