La révolte gronde en Bosnie-Herzégovine, l’Europe reste coite

Un des meneurs de la révolte (crédit : RTV Slon Tuzla)
Un des meneurs de la révolte (crédit : RTV Slon Tuzla)

(BRUXELLES2) Une centaine de blessés lors de manifestations. Et on ne peut pas dire que l’Europe se soit vraiment troublée. Un simple message très court de l’ambassadeur de l’UE sur place, Peter Sorensen, où il appelle une « fin immédiate des violences », déplore le nombre de blessés et remercie les services d’urgence et de maintien de l’ordre pour leur effort dans « des circonstances extrêmement difficiles ». « Les citoyens ont le droit d’exprimer leur insatisfaction et leurs opinions dans des rassemblements pacifiques ». Et c’est tout ! Point de communiqué de la Haute représentante, etc. Un peu court face à ce qui ressemble comme une certaine faillite des accords de Dayton, avec des autorités politiques incapables de gouverner.

Une certaine désespérance

Cependant sur place la situation fait penser à une certaine désespérance, dans plusieurs villes du pays, à Tuzla comme dans la capitale. « À Sarajevo, la rage est palpable, ainsi que l’indignation face une situation économique devenue insoutenable et à la paresse d’une classe politique assimilée à des « parasites » » écrivent nos confrères du Courrier des Balkans.

Le mouvement « Udar i Revolt » a réclamé dans un manifeste « Pour une nouvelle Bosnie-Herzégovine », la libération des manifestants arrêtés et la démission du Premier ministre, Hamdije Lipovače. Il souligne combien « la situation dans le pays est catastrophique. L’existence et l’organisation de l’Etat établi par l’Accord de Dayton est intenable. » Il réclame aussi des réformes de fond comme la mise en place de la police anti-corruption, d’une assurance gratuite maladie pour tous les citoyens ou la révision de la privatisation des entreprises privées (qui a conduit à certains abus). Parmi celles-ci : une proposition originale : la réduction des salaires des responsables politiques au minimum absolu, tant que le chômage n’atteint pas 10% !

Une situation sociale et économique explosive, et prévisible

Ces troubles ne surprendront pas les spécialistes de la Bosnie. Les différents rapports du Haut représentant pour la Bosnie ou de l’opération EUFOR Althea ont, tous, souligné, depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, que si au niveau strictement sécuritaire, la situation restait « calme », il n’en était pas de même en matière économique et sociale. Ainsi était-il mentionné dans un rapport de 2011 « La situation économique en Bosnie-Herzégovine reste défavorable conduisant à des tensions sociales. (…) L’impasse politique, les problèmes économiques et financiers, s’ils ne sont pas résolus de manière appropriée pourraient devenir une préoccupation croissante. » En 2013, même constat, encore plus alarmiste sur le plan économique-social. « La situation économique actuelle (augmentation des prix de l’énergie et de l’alimentation), le taux important de chômage et la faiblesse des structures administratives reste préoccupante » (*)

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*)  The current economic situation (rising food and energy prices), the high rate of unemployment and the weak administrative structures remained of concern. »

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).