EUFOR RCA : « la dynamique est lancée »

soldats français de Sangaris à Bangui (crédit : Ministère français de la Défense / DICOD)
soldats français de Sangaris à Bangui (crédit : Ministère français de la Défense / DICOD)

(BRUXELLES2) Réunis à Athènes, vendredi (20 février), tous les ministres de la Défense ont « partagé leur préoccupation face à la situation en République centrafricaine, saluant le travail déjà accompli par les forces françaises et africaines, se réjouissant de l’engagement de l’ONU, et soutenant l’opération militaire européenne (EUFOR RCA) en cours d’établissement » comme l’a résumé à B2, après la réunion le général de Rousiers, président du Comité militaire de l’UE.

La dynamique est lancée

Pour lui, « la dynamique est partie. Et nous sommes au-delà de point de non-retour ». C’était déjà visible au dernier conseil des Ministres. « Il y a aujourd’hui un certain nombre de pays qui sont prêts à aller de l’avant. On sait qu’il y aura la masse suffisante pour lancer l’opération ». Selon nos informations, EUFOR RCA pourrait atteindre finalement près de 1000 hommes et femmes.

Le planning fixé

La réunion de génération de forces a ainsi été avancée au 25 février (elle était prévue à l’origine le 27 février). Le COPS (comité politique et de sécurité) devrait approuver le plan d’opération (OpPlan) et les règles d’engagement (ROE) dans la semaine. Ce qui devrait permettre au Conseil d’approuver la décision de lancement début mars (entre le 7 et le 11 mars), dès lors que tous les Etats membres auront levé leur réserve parlementaire.

Déploiement progressif à partir du 10 mars

Mais le déploiement des troupes sur le terrain se fera ensuite de « manière progressive ». Quelques centaines tout d’abord. L’objectif est d’avoir dès le lendemain de l’adoption de la décision, « des avions qui puissent amener sur place les premiers soldats ». Puis une montée en puissance au fur et à mesure des possibilités, avec une capacité intermédiaire atteinte début avril et une capacité opérationnelle pleine en mai. Ce dispositif échelonné dans le temps a aussi un avantage : permettre aux pays qui ont une procédure d’engagement en opération extérieure, plus longue et plus complexe, notamment au plan parlementaire, de la mener à bien tout en ne retardant pas le déploiement de la mission. Ce déploiement dans un temps assez court implique une certaine préparation. D’ores-et-déjà, une équipe du commandant d’opération, le général Ponties, est à Bangui pour préparer le terrain, signer les contrats, avoir les contacts avec les autorités centrafricaines.

Du PsyOps et de la gendarmerie européenne

L’important aussi est d’avoir une équipe PsyOps. Il s’agit d’expliquer la présence des Européens à la population, « d’éviter que les bandits de grand chemin instrumentalisent l’arrivée des Européens sur place, faire savoir ce qu’on fait » explique un haut gradé européen. Le point novateur de cette EUFOR sera l’engagement de forces de gendarmerie (environ 140 hommes). Des forces habituées au maintien de l’ordre mais aussi à l’appréhension de fauteurs de troubles (voire à des débuts d’enquête judiciaire). Les forces européennes devraient, en effet, être habilitées à ces « arrestations », les suspects étant ensuite remis aux autorités centrafricaines (gendarmes, policiers…) Une réunion a lieu au QG de la Force, à Vicenza, afin de déterminer quels pays sont prêts à participer. Outre les Français (environ 90 ainsi que le précise Jean Guisnel du Point), des Espagnols de la Guardia Civil (en plus des 50 militaires) — et éventuellement des Carabinieri italiens, gendarmes portugais ou policiers militaires polonais — pourraient être mobilisés.

Des contributions qui s’affinent

Sur les contributions, on sera fixé aujourd’hui. Mais l’espoir est de voir confirmer la plupart des contributions entrevues avec 4 compagnies — française, géorgienne, polonaise et balto-ibérique (Lire : EUFOR RCA. Vive les Géorgiens ?).

L’Espagne a confirmé sa volonté d’envoyer une cinquantaine de militaires, a précisé un responsable espagnol à B2 : des officiers pour l’Etat-Major mais aussi des forces spéciales (qui pourraient servir de forces d’extraction). La répartition exacte — entre l’OHQ à Larissa et Bangui — doit encore être fixée. Tout dépendra « de ce que décidera le commandant d’opération ». Cette « volonté politique marquée doit encore être formalisée par une décision du gouvernement et une approbation du Congrès (Parlement) ».

A noter : La Finlande ne devrait envoyer qu’une vingtaine de militaires à Bangui, pour remplir des fonctions de spécialistes (déminage ou destruction des armes, civilo-militaires Cimic ou soins) et quelques officiers d’Etat-Major à l’OHQ de Larissa (Grèce) ou au FHQ de Bangui. La décision devrait être prise, mercredi (26 février), lors d’une réunion du Comité interministériel de politique étrangère et de sécurité (un comité décisionnel présidé par le Président de la République, Niinistö). Coût estimé pour Helsinki : entre 10 à 15 millions d’euros.

La Hongrie pourrait envoyer finalement 12 officiers (et non 6 comme annoncés au début) a annoncé le ministre de la Défense Csaba Hende. L’offre hongroise ne semblait pas suffisante pour être acceptée (1 seul officier aurait été présent à l’OHQ et 2 sur le terrain). Précisons que l’envoi de troupes à l’étranger – dans le cadre d’une opération de l’OTAN ou de l’UE – ne nécessite qu’une décision du Gouvernement sans consultation du Parlement ; ce qui n’est « pas le cas pour l’envoi de forces en soutien à une opération bilatérale », telle Sangaris, qui requiert une consultation du Parlement, ainsi que l’a confirmé à B2 un officiel.

Les Pays-Bas ne prévoient « pas de participer à cette opération » avec des troupes sur le terrain, a précisé la ministre néerlandaise de la Défense à Athènes. Mais deux officiers néerlandais seront présents au quartier-général de la force européenne à Bangui (EUFOR RCA), sous le commandement du général Thierry Lion.

La Slovaquie ne prévoit pas d’envoyer de forces mais devrait envoyer un officier à l’OHQ, selon le ministre de la Défense.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).