Assassinats en Ukraine (MAJ)

(Crédit : Konstantin Ivanchenko)
(Crédit : Konstantin Ivanchenko)

(BRUXELLES2) Ce qui s’est passé ces deux derniers jours à Kiev ne relève pas de simples clashs entre manifestants et forces de l’ordre, d’une manifestation qui dérape tragiquement, voire même de policiers, excédés d’être pris sous les coups de manifestants qui « pètent un plomb », c’est autre chose.

Des tirs visant à tuer

L’emploi de certaines armes, la manière de les utiliser, le nombre des victimes ne traduit pas un état de légitime défense, mais bel et bien une opération de nettoyage programmée. De même, s’il faut s’interroger sur la responsabilité des « groupes extrémistes » qui se situaient du côté des manifestants de la place Maïdan, il faut aussi s’interroger sur le sens de la provocation du régime ukrainien qui semble bien n’avoir pas hésité à semer le trouble voire favoriser certains groupes de casseurs, pour mieux réprimer durement. Une vidéo amateur diffusée par la radio ukrainienne en ligne, Svoboda, montre également l’utilisation d’armes à feu par la police à télécharger ici.

Des preuves

(MAJ) Les premiers éléments de l’enquête menée par le député ukrainien Guennadi Moskal démontrent une préparation minutieuse,. Une unité spéciale de snipers directement rattachée du commandant des forces du ministère de l’Intérieur de l’Ukraine, Stanislav Shulyak, a été positionnée, écrit-il sur son site. Elle venait des forces territoriales de Crimée sous le commandement du colonel Sergei Asavalyuk. Elle était équipée de 80 fusils de snipers fabriqués au Royaume-Uni de type AVK. Un achat tout à fait légal, puisque un avis d’achat avait été publié au Journal des marchés publics. Quant aux Berkuts ils étaient placés sous la supervision directe du vice-ministre de l’Intérieur Viktor Ratushnaik.

Des munitions découvertes

Déjà, le 16 février dernier, un journaliste polonais, Piotr Andrusieczko, avait rapporté sa découverte plutôt surprenante de munitions dans un poste des force de l’ordre Berkout en face du cabinet présidentiel (NB : avant les massacres de la place Maidan). « A proximité immédiate de la barricade, du côté des Berkouts, il y avait des pétards non explosées et des cocktails Molotov. Mais aussi des tas de douilles de munitions » révèle le journaliste sur le site en ligne de Nowa Europa Wschodnia avant d’ajouter : « les quantités découvertes (des centaines, sinon des milliers d’entre eux ) témoignent de la variété des armes utilisées ».

 Différents types de munitions

Le journaliste polonais et ses homologues identifient plusieurs types de munitions. Les douilles avec des enveloppes rouges sont produites par la société française, Spartan, celles avec l’enveloppe orange sont tchèques et produites par Sellier & Bellot; « les douilles blanches n’avaient pas de marques, mais les journalistes américains présents les ont identifiées comme américaines » affirme Piotr Andrusieczko. Enfin, il y avait des douilles bleues polonaises, fabriquées par FAM Poinki. Selon le site d’armement polonais, il s’agit d’un « armement spécial avec des munitions réelles ». « Elles sont marqués LFT- 6.8 (du calibre 12) et chaque enveloppe contient 12 billes de plomb » écrit Andrusieczko. Pour le journaliste, il s’agit d’une chevrotine puissante, « utilisée lors de la chasse des loups, des chats sauvages, des sangliers petits et moyens » Des munitions qui proviennent davantage d’armes de chasse que d’armes de guerre.

(Nicolas Gros-Verheyde & Loreline Merelle)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).