L’armée ukrainienne doit rester dans les casernes. L’UE le pense, l’OTAN le dit

A.F. Rasmussen à la conférence de presse à Athènes (crédit : OTAN / B2)
A.F. Rasmussen à la conférence de presse à Athènes (crédit : OTAN / B2)

(BRUXELLES2 à Athènes) L’Ukraine ! Le sujet était dans toutes les têtes lors de la réunion informelle des ministres de la Défense qui s’est déroulée mercredi et jeudi 20 et 21 février. Sur les écrans, sur les smartphones et tablettes, dans les conversations informelles échangées lors des pauses-café, ou de la visite du musée de l’Acropole, chacun suivait en direct les informations venues de Kiev ou de Bruxelles (*) …

Un triple message : compassion, inquiétude, avertissement

Même si l’essentiel de la discussion se déroulait ailleurs, plusieurs ministres de la Défense ont tenu à mentionner dans leur discours tenu face à leurs collègues, la question ukrainienne. Un message qui se voulait multiple : d’abord la compassion « pour les victimes », l’horreur face à la sanglante répression (au fur et à mesure que les chiffres tombaient, le discours se durcissait) et aussi une certaine « inquiétude » face à une possible instabilité d’un pays qui demeure, avant tout, un voisin. L’Ukraine a une frontière commune avec plusieurs pays européens (Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie) et la plus longue à l’Est. Certains ministres ont tenu aussi à faire passer des messages au gouvernement et à l’armée ukrainienne pour que les militaires restent dans leurs casernes et ne soient pas mêlés aux opérations de maintien de l’ordre et de répression contre la population.

L’armée ne doit pas s’en prendre au peuple ukrainien, A.F. Rasmussen

Un message qui, malheureusement, n’a pas été répercuté hors de la salle… si ce n’est par Anders-Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN, qui s’est fait ainsi le porte-parole volontaire de l’Union européenne, après une rencontre avec le Premier ministre grec, Antonis Samaras. Il a d’abord « condamné le bain de sang » qui se déroulait à Kiev. avant d’avertir. « Le gouvernement a une responsabilité spécifique d’éviter le recours excessif à la force et de maintenir la neutralité des forces armées. » Et d’avertir. « L’armée ukrainienne ne doit pas s’en prendre au peuple ukrainien. Si cela se produit, cela aura de sévères répercussions sur notre partenariat avec l’Ukraine. La seule issue possible est un dialogue. Nous saluons tout effort pour trouver une solution pacifique. » Un message tenu en anglais mais également traduit en russe (**) sur le site de l’OTAN… Un signe !

L’armée ukrainienne, uniquement en protection de ses installations

Un message également passé directement lors d’une conversation téléphonique entre le ministre américain de la Défense, Chuck Hagel, et le ministre ukrainien de la Défense, Pavlo Lebedev. Le ministre ukrainien « a assuré (son homologue) que les forces armées ukrainiennes restent les protecteurs du peuple ukrainien. Leur déploiement à l’intérieur du pays a été axée sur la protection des installations et des équipements de défense. Ses forces n’utiliseraient pas leurs armes contre le peuple ukrainien. » précise un communiqué du secrétaire d’Etat US à la Défense, parvenu à B2. Cette décision « du gouvernement de maintenir l’armée en marge de la crise jusqu’à présent » doit être « saluée » a commenté Chuck Hagel qui a « exhorté à une constante modération ».

L’accord trouvé à Kiev ne nécessite plus la participation de l’armée (Lebedev)

Le ministère ukrainien de la Défense a confirmé cette conversation présidant le champ d’intervention de l’armée : « la protection contre les menaces terroristes des arsenaux, des bases, des dépôts et autres installations militaires de stockage des armes à feu, munitions, explosifs et des substances toxiques ». Il a ajouté qu’après l’accord trouvé avec l’opposition — plus littéralement les « pas importants » accomplis par le « chef de la Défense nationale, le Président Viktor Ianoukovitch (pour) résoudre la crise, éviter les conflits, rétablir la paix et la tranquillité en Ukraine » (sic) — « la participation des forces armées de l’Ukraine à l’opération anti-terroriste a perdu de sa pertinence »…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) A Kiev et à Bruxelles, avec la réunion des ministres des Affaires à Bruxelles. Lire sur le Club, Sanctions et médiation. Les deux outils européens face à la situation en Ukraine

(**) Comme en français d’ailleurs, là où les déclarations de l’Union européenne ont, toutes, été faites en monolingue (anglais)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).