La piraterie, la panoplie d’un business mafieux (Bléjean)

Le contre-amiral Blejean (à droite) en conversation avec son homologue espagnol Diaz Del Rio (Ocean Shield) (crédit : Eunavfor, déc. 2013)
Le contre-amiral Blejean (à droite) en conversation avec son homologue espagnol Diaz Del Rio (Ocean Shield) (crédit : Eunavfor, déc. 2013)

(BRUXELLES2) Intervenant lors du dernier point de presse hebdomadaire des armées françaises, en video conférence, le Contre-Amiral Hervé Bléjean, commandant l’opération militaire anti-piraterie de l’UE, EUNAVFOR Atalanta, a donné quelques éléments supplémentaires sur l’action de la force européenne et notamment la dernière arrestation effectuée début janvier (lire : Arrestation des 5 pirates dans le Golfe d’Aden).

Les pirates du Shane Hind en attente de transfert

Pour le contre-amiral, le dhow (ou boutre) indien du Shane Hind – libéré lors de l’intervention des marins du TCD Siroco – était piraté « probablement depuis quelques jours, selon les témoignages des membres d’équipage ». « Une ordonnance du juge des détentions et des libertés a validé la qualité de rétention de ces présumés pirates. A bord du Siroco, c’est le droit français qui s’applique. » a-t-il précisé. Et d’ajouter : « Leur état d’esprit est bon, des bilans de santé sont faits régulièrement et ils se nourrissent. » Quant à leur destination afin d’être jugés, elle est « actuellement en cours d’étude ».  Il existe « des accords de transferts avec différents pays de la région qui ont été contactés » (Nb : Seychelles et Ile Maurice surtout). « La décision devrait être prise dans quelques jours. »

La piraterie, un facteur de la panoplie de groupes mafieux

« Il y a toujours des groupes actifs en Somalie apparentés à des systèmes mafieux avec plusieurs types d’activités légales ou illégales. Les actes de piraterie font partie de leur panoplie il est probable que le faible taux de réussite les dissuade actuellement. »

Maintenir la pression

La piraterie est « contenue mais on ne peut pas dire qu’elle a disparu ce qui nécessite une pression permanente avec l’application des mesures de protection à bord des navires marchands. »

L’utilité des drones

Actuellement aucun navire de la force Atalante ne dispose de drone. « Cet outil intéressant serait utilisé s’il était présent comme ce fut le cas lors du précédent mandat néerlandais. Néanmoins l’action des avions de patrouille maritime et des hélicoptères permettent déjà de collecter du renseignement. »

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L’action à terre

Le droit de poursuite à terre « est autorisé par l’ONU mais est très encadré. Le droit de poursuite est possible dans les eaux territoriales mais pas à terre ». En revanche, il existe « une possibilité d’action à terre limitée à la destruction de dépôts logistiques. Cette action a été conduite à une seule reprise en 2012 par un bâtiment espagnol. Elle n’a pas été reconduite car les conditions sont rarement réunies pour mener une action de ce type en ayant l’assurance de l’absence de risque de dégâts collatéraux. »

Avec les autres forces

Les relations avec les autres forces sont « très étroites. Les différentes responsabilités de coordination et de gestion des moyens sont partagées et les contacts entre les force commanders sont réguliers. Au niveau stratégique, une réunion de déconfliction se réunit tous les 3 mois. » (NB : une relation qui n’est pas de pure forme. B2 en a pu être le témoin. Les différentes forces partagent en effet leurs informations quotidiennement, notamment par le canal d’un « chat » sécurisé).

A noter – EUNAVFOR c’est aujourd’hui 1200 hommes et femmes, répartis à travers 5 navires — le transport de chalands et débarquement TCD Siroco qui sert de navire amiral, la frégate allemande FGS Hessen, italienne ITS Libeccio, le patrouilleur espagnol ESPS Tornado, et la frégate ukrainienne Hetman Sagaidachny), 7 hélicoptères, 4 avions de patrouille maritime — 1 P3 Orion allemand et 1 Casa CN 235 espagnol, basés à Djibouti + 2 SW3 Merlin affrétés par le Luxembourg basés aux Seychelles —, + une équipe de protection (VPD) serbe à bord des bâtiments du PAM.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).