Pour découvrir l’âme grecque

GrèceNouvelleOdyssée(BRUXELLES2 de retour d’Athènes) C’est un petit livre de poche, « La Grèce, la nouvelle Odyssée », écrit par Adea Guillot et Françoise Arvantis, deux journalistes qui se sont ancrées en Grèce, et nous décryptent ce qui constitue l’âme grecque : ce mélange de souvenir du passé, d’intransigeance de la liberté, de résistance mais aussi d’acceptation d’une certaine fatalité. Ce récit, assez court, s’accompagne de trois entretiens avec des intellectuels grecs qui méritent aussi le détour.

Le sentiment d’être victimes

Au travers d’une description, très juste, très vive, qui mêle expérience vécue et témoignages, les auteures tentent de nous faire comprendre ce qu’on peut percevoir, sans vraiment le situer, quand on déambule un peu dans la capitale grecque : l’improvisation permanente de l’architecture, l’orthodoxie et l’histoire présente à tous les coins de rues… Elles décrivent aussi, fort justement, ce sentiment d’un destin confisqué, cette sensation d’être des victimes (qui n’est pas tout à fait erronée quand on regarde l’histoire), de devoir subir les emprises des autres, cette théorie du complot parfois mise en avant, qui font des ravages dans la société grecque, comme dans la classe politique, et sont encore présents aujourd’hui.

La culture de la majorité

« Chez nous, c’est la notion de majorité qui compte » raconte ainsi Nikos Diamandorous, sociologue et professeur de science politique et ancien médiateur européen. « Celui qui gagne les élections peut plus ou moins se libérer des contraintes de l’Etat de droit et agir d’une façon plus ou moins arbitraire. Résultat, le va-et-vient entre vie parlementaire et coups d’Etat qui caractérise la vie politique grecque. Dans la conception ottomane, la notion des corps intermédiaires si chère à Montesquieu n’existe pas. Il n’y a aucun contre-pouvoir à l’exécutif. Tous les pays qui sont sortis de l’Empire ottoman, de la Roumanie au Maroc, souffrent des mêmes maux. »

Un mélange d’influences

Ce mélange d’influences – ottomane (la présence turque), orthodoxe (la religion, conservatrice), et occidentale (le siècle des lumières) — explique certains comportements mais est complexe à décrypter. « La complexité de la Grèce vient du fait qu’elle a des structures occidentales et une population qui veut appartenir à l’Europe sans perdre sa part d’Orient. Le peuple grec est à cheval sur deux mondes. » C’est ce qui explique sans doute la résilience des Grecs qui, malgré toutes les avanies de la dernière crise économique, une baisse drastique et brutale du pouvoir d’achats, gardent encore leur humour et leur gentillesse.

Sortir la Grèce des faux-semblants

Peut-être auront-ils fait leur, comme le disait Périclès, cette maxima – qui figure en tête du livre -. « Il n’y a point de honte chez nous à avouer qu’on est pauvres, mais il y en a à ne rien faire pour sortir de cet état ».

La Grèce, la nouvelle Odyssée », Adea Guillot et Françoise Arvantis, Ed. Nevatica, Collection Ame des peuples, 96 p., 9 euros

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).