Nos si chers amis banquiers

(Archives) A partir du 1er janvier, les bonus bancaires seront limités dans toute l’Europe. Une réforme qui concerne au premier chef les hauts salaires banquiers français – et britanniques – qui ont eu l’habitude d’être dopés aux bonus.

La crise économique ne semble pas, en effet, vraiment concerner les banquiers à regarder les derniers chiffres disponibles, publiés par l’Autorité des banques européennes (EBA). Selon son dernier rapport (*), on compte en Europe plus de 3500 banquiers millionnaires (chiffres 2012).

Les trois quarts au Royaume-Uni

Naturellement, c’est au Royaume-Uni, que se concentre une nette majorité de ces heureux élus. Londres compte ainsi près de 2.714 banquiers ayant gagné plus d’un million d’euros en 2012, soit trois quart des « riches » banquiers européens. Le continent suit de très loin, ils ne sont (que) 212 en Allemagne, 177 en France, 109 en Italie et 100 en Espagne.

Le Luxembourg, pourtant plate-forme réputée de placement fiscal, ne compte que 15 « riches » banquiers. Et il y en a quasiment pas dans les pays baltes ou d’Europe de l’Est, exception faite de la Hongrie (9) ou de la Pologne (7). On en trouve tout de même 3 à Chypre et 1 en Grèce, pays pourtant soumis à une sévère cure d’austérité… après la faillite des banques.

La majorité dans les banques d’affaires

La très nette majorité de ces « millionnaires » se rencontre dans les banques d’investissement ou de gestionnaire d’actifs, et fort peu dans les banques de détail : seulement 3 sur 177. Cette proportion est semblable dans les autres pays, notamment au Royaume-Uni.

80% du salaire en bonus !

En moyenne, un « riche » banquier gagnait en 2012 presque 2 millions d’euros par an au Royaume-Uni et 1,56 millions d’euros en France. Point commun à ces deux pays : la part des bonus et autres montants variables de la rémunération (intéressement à la vente, pourcentage sur le chiffre d’affaires, stocks options sur des actions, retraite privée…), est extraordinaire. Elle atteint 370% de la rémunération. Autrement dit 4 euros sur 5 gagnés par un banquier français ou britannique provient d’intérêts sur les revenus de la banque. Tendance qui ne se reflète pas dans les autres pays d’Europe. La rémunération variable représente, en moyenne, le double du salaire fixe en Allemagne, 125% en Italie, 80% en Suède et aux Pays-Bas !

Des bonus dans la ligne de mire européenne

Cette exagération pose problème. Car il s’agit d’une prime sans risques : c’est la banque qui prend les risques… et le banquier qui gagne. Une pratique dangereuse reconnue au niveau européen. Les bonus ont joué un rôle néfaste dans la prise de risque avec les résultats désastreux pour notre économie » reconnait Michel Barnier, commissaire européen chargé du Marché Intérieur. «  La valeur d’un gestionnaire de banque devrait avant tout se refléter dans son salaire – ajoute Othmar Karas, eurodéputé autrichien (Chrétien-Démocrate) et auteur d’un rapport sur les bonus bancaires. « Si les bonus additionnels dépassent de loin la rémunération, la motivation des employés est alors déformée ».

Les bonus devront diminuer

La nouvelle législation européenne, qui doit entrer au 1er janvier 2014, plafonne ainsi la rémunération variable au maximum à hauteur de la rémunération fixe (100%) et de façon exceptionnelle au double de la rémunération fixe (200%), si les actionnaires se sont prononcés en faveur de ce système avec une majorité de 2/3 des droits de vote.

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles)

(*) La directive européenne de 2010 oblige désormais les États membres à fournir certaines informations sur les hauts salaires de leurs banquiers, dispositions auparavant restées discrètes. Le premier rapport pour les salaires 2010 et 2011 est paru en mai de cette année, le second fin novembre (à télécharger ici, en anglais).

Version complétée d’un article paru dans Ouest-France.fr

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).