Un Sommet riche d’enjeux industriels. L’emploi devient un cheval de bataille de la défense

(BRUXELLES2) Que s’est-il finalement passé au Sommet européen sur la Défense le 19 décembre ? Apparemment, cela n’a pas été le « Grand soir » pour la défense européenne, comme l’explique Arnaud Danjean, le président de la sous-commission Défense du Parlement européen : « Je ne crois pas au Grand soir, mais aux avancées, pas à pas ». Et du côté industriel, des avancées ont vu le jour…

L’effet de la crise

Assurément, le ton n’est plus aux grandes avancées lyriques, comme dans le passé. La crise est passée par là. Les Chefs d’État et de gouvernement le 19 décembre se sont longtemps penchés sur l’avenir de l’industrie européenne de défense. Les coupes dans les budgets de défense commencent, en effet, à se traduire en termes économiques. Le récent plan de restructuration d’EADS – avec une suppression de plus de 5000 emplois dans plusieurs pays d’Europe le prouve. Et chacun a désormais à l’esprit qu’il importe avant tout de sauvegarder « son » industrie de défense. Une préoccupation très présente dans les « grands » pays qui ont une industrie de la Défense (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne…) mais aussi dans tous les autres. En fait, en Europe, de nombreux pays ont une « petite » industrie, qui occupe des niches parfois très spécialisées : l’aéronautique en Belgique, les véhicules blindés en Finlande ou en Pologne, les hélicoptères en République tchèque ou en Pologne, le cyber en Estonie, etc.

Une base industrielle plus équilibrée

La Pologne, comme plusieurs pays de l’Est de l’Europe, milite d’ailleurs pour une répartition plus équilibrée de la base industrielle européenne de défense. En Europe, le secteur de la défense emploie « directement quelque 400 000 personnes et génère jusqu’à 960 000 emplois indirects » souligne-t-on à la Commission européenne. Et sa communication de juillet dernier « pour un secteur de la défense et de la sécurité plus compétitif et plus efficace » est acceptée dans son ensemble par les leaders européens.

Le début d’un processus

Une « feuille de route » détaillée fixant des objectifs et des dates a été  fixée (Lire sur le Club : Conclusions du Sommet Défense : la feuille de route). « C’est le début d’un processus » avertit un diplomate européen. L’Agence européenne de défense – dont c’est un peu la grande consécration à ce sommet – est chargée de plusieurs tâches, notamment étudier l’idée de marchés publics en commun. Et la Commission européenne priée de plancher sur l’instauration d’incitations fiscales – sous forme d’une exonération de TVA – pour les projets industriels menés en coopération européenne. Un projet porté par de nombreux pays (France, Belgique et pays latins).

Drones et ravitailleurs aériens

Sur le plan industriel et capacitaire, les Européens comptent aussi porter sur les fonts baptismaux, deux projets industriels d’envergure. Tout d’abord, sous la houlette des Pays-Bas, un projet d’acquisition des ravitailleurs aériens est lancé, avec l’objectif d’acquérir 3 avions supplémentaires à l’horizon 2019. Ensuite, une dizaine de pays se lancent dans un projet de drone européen : le drone dit MALE (Moyenne altitude, longue endurance) qui pourrait voir le jour d’ici 2020-2025. EADS, Dassault et Finmeccanica – pour une fois d’accord – sont sur les rangs. Les drones et les ravitailleurs sont deux des grosses lacunes capacitaires, révélées au grand jour lors de l’opération de aérienne en Libye – où 80% des ravitaillements étaient assurés par les Américains. Des lacunes qui existent depuis… 1999 et l’opération de l’OTAN au Kosovo.

(Nicolas Gros-Verheyde – sur twitter : @bruxelles2) article publié avec Euroactiv

Pour aller plus loin sur le Club :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).